LES POLES MAGNÉTIQUES
à la terre. Ce point, vers lequel convergeaient alors tous les courants magnétiques de l'hémisphère septentrional, était situé dans la presqu'île de Boothia-Felix, à près de 20 degrés au sud du pôle terrestre (70% 5' N.), et à plus de 99 degrés à l'ouest du méridien de Paris; depuis cette époque, il s'est probablement déplacé de quelques degrés vers Test. Le pôle magnétique du sud n'a été reconnu jusqu'à nos jours par aucun navigateur; d'après les calculs de Duperrey, de Gauss et d'autres savants, il se trouverait probablement à 14 degrés 55 minutes du pôle antarctique, au sud du continent d'Australie. Les deux points d'attraction de la boussole sont donc placés chacun au méridien d'un groupe de continents; mais ils ne sont pas antipodiques l'un à l'autre, puisqu'ils se trouvent dans le même hémisphère, séparés par un arc d'un peu plus de 161 degrés, 29 degrés de moins que la demi-circonférence. Quant à l'équateur magnétique, qui est la ligne où la boussole se maintient parfaitement horizontale à la surface de la terre, il ne se confond pas plus avec l'équateur de rotation que les pôles magnétiques ne se confondent avec les extrémités de Taxe planétaire. Il se développe suivant une ligne courbe, qui coupe l'équateur terrestre, à l'est de l'archipel des Carolines, pour traverser les îles de la Sonde, les péninsules gangé tiques, l'Ethiopie et le Soudan, puis il repasse au sud de la ligne équinoxiale, non loin de l'île portugaise de Sâo-Thome ou Saint- Thomas, et s'infléchit en Amérique au-dessus du Brésil et du Pérou; d'ailleurs, les observations les plus délicates ne permettent guère d'indiquer le vrai tracé de l'équateur magnétique, si ce n'est approximativement, avec un 1 ou 2 degrés d'erreur possible. On peut dire d'une manière générale que l'équateur magnétique se recourbe vers le nord dans les continents de l'ancien monde et vers le sud dans le nouveau monde. De nos jours, cette ligne déplace lentement de l'est à l'ouest ses points de croisement avec l'équateur terrestre.
Les deux pôles magnétiques occupant, par rapport à l'axe de la terre, une position tout à fait oblique, puisque l'un est situé dans l'archipel polaire américain, tandis que l'autre se trouve sous le méridien de l'Australie, il en résulte que les courants
Zi38 L'ATMOSPHÈRE ET LES MÉTÉORES.
se propagent eux-mêmes obliquement à la surface du globe. An lieu de marcher dans la direction du nord au sud, ils se meuvent suivant des courbes non parallèles, qui, d'un côté de la terre, sur la face atlantique, se replient à l'ouest, et, sur la face opposée, sont pour la plupart déviées vers Test du monde. Les lignes de séparation entre ces deux zones de déclinaison occidentale et orientale sont les seules parties de la terre où la boussole pointe directement vers le nord. Afin d'indiquer d'une manière claire la direction moyenne de l'aiguille aimantée pour une année quelconque dans les diverses contrées, on a tracé sur la carte, à droite et à gauche des lignes sans déclinaison, d'autres lignes dites isogones, parce que la boussole y forme partout un même angle avec le méridien terrestre. Ces courbes, reliant tous les points de la terre où l'inclinaison moyenne de l'aiguille reste sensiblement égale, sont encore beaucoup moins régulières que les méridiens magnétiques. Les unes se dirigent du nord au sud, d'autres courent en partie de l'est à l'ouest; d'autres enfin se replient en forme de cercles ou d'ovales.
Actuellement, la ligne sans déclinaison qui traverse l'ancien monde passe à l'orient du Spitzberg, aborde la Russie aux environs d'Arkhangel , gagne la dépression Caspienne par la vallée du Volga, franchit obliquement la Perse, puis, après s'être déployée au large de l'Hindoustan et des lies de la Sonde, comme pour marquer les contours généraux du continent asiatique, se dirige bioisquement vers le pôle magnétique du sud, à travers le centre de l'Australie. A l'ouest de cette ligne, jusqu'au delà des rivages du groupe continental que constituent FEurope et l'Afrique, la déclinaison de la boussole vers l'occident augmente graduellement, puis elle diminue au-dessus de l'Atlantique pour se réduire à zéro sur les côtes orientales du nouveau monde. La seconde ligne sans déclinaison, qu'on pourrait appeler la ligne américaine, descend du pôle magné* tique à l'ouest de la baie de Hudson, traverse les grands lacs, passe aux environs de Philadelphie et de Washington, puis se recourbe au large des Antilles comme l'autre ligne sans déclinaison s'est recourbée autour de l'archipel de la Sonde, et coupe l'extrémité du Brésil, des bouches de l'Amazone à Rio-
LES LIGNES ISOGONES. &39
de-Janeiro, pour courir à travers rAtlantique vers le pôle sud. A l'ouest de cette ligne, la déviation dé la boussole devient orientale; elle s'accroît rapidement au-dessus du sol américain, puis avec beaucoup plus de lenteur à travers le Pacifique, et diminue même pour enfermer, à Test de la Chine et de la Sibérie, une espèce de grande île, où la déclinaison est occidentale, comme dans le bassin de l'Atlantique. Quelles que soient les irrégularités partielles de ces deux zones de variation différente, il est impossible de ne pas être frappé de leur concordance générale avec les traits les plus saillants de la surface planétaire. A la déclinaison occidentale correspondent les bassins de l'Atlantique, de la Méditerranée et de la mer des Indes; à la déclinaison orientale correspond le Pacifique. Quatre continents, l'Asie, l'Australie, l'Amérique du Nord, l'Amérique du Sud, appartiennent à cette dernière zone; quant à l'Europe et à l'Afrique, elles font partie de la zone de déclinaison occidentale. Pendant le cours des siècles, le système des lignes isogones se déplace très-rapidement dans certaines contrées de la terre. Dans les mers du Spitzberg, à l'ouest des Antilles, en diverses régions de la Chine, la direction moyenne de la boussole n'a pas varié d'une manière sensible en un siècle; mais il n'en est pas de même dans l'Europe occidentale. A Paris, lors des premières observations faites régulièrement sur le magnétisme terrestre, la déclinaison de la boussole était orientale; en 1580, elle atteignait même ii degrés 31 minutes à l'est du méridien. En 1663, la déclinaison n'existait plus ni dans un sens ni dans un autre, l'aiguille aimantée se dirigeant exactement vers le nord. Dès lors, la déclinaison vers Touest ne cessa d'augmenter pendant plus d'un siècle et demi jusqu'en 1814, époque à laquelle l'angle formé par la boussole avec le méridien terrestre n'était pas moindre de 22 degrés 3/t minutes. De nos jours, l'aiguille rétrograde vers le méridien, et le 1" janvier 1869 l'angle était seulement de 17 degrés 50 minutes; le recul est donc en moyenne de près de 5 minutes par an ; mais il s'est accompli d'une manière très-inégale, et, dans certaines aimées, la déclinaison occidentale s'est de nouveau brusquement accrue. On ne saurait douter que ce$ oscillations séculaires du
courant magnétique ne fassent partie d'un cycle dont la durée correspond avec celle de quelque grand phénomène astronomique. Diaprés M. Chazallon, cette période serait pour Paris de quatre cent quatre-vingt-huit ans, et Taiguille aimantée se dirigerait de nouveau exactement vers le nord en Tannée 2151. M. John Parker pense que la période du magnétisme. Iieiv restre est de six cent quarante ou six cent cinquante années, et se confond avec la révolution de la planète autour du centre de Torbite solaire ^ La ligne saiis déclinaison qui passait en Tannée 1800 sur Calcutta', et qui depuis s*est avancée déjà de 2,000 kilomètres à Touest, se déplace peu à peu des confins de la Russie et traversera successivement la Pologne, TAllemagne, pour dépasser ensuite la France, atteindre TAtlantique et reprendre plus tard son mouvement de recul vers l'orient. Malgré ce balancement séculaire des forces magnétiques, il est probable cependant que, dans leur ensemble, les courants ne finissent jamais par suivre exactemeni; les mêmes directions à la surface de la terre : les pôles, Téquateur, les méridiens se déplaçant sans cesse, le réseau des ligaes magnétiques change éternellement, de même que la position relative des astres dans Tespace.
Pendant que s'accomplit cette longue variation séculaire, Taiguille ne cesse d'être agitée par des oscillations ik périodes plus courtes. Celles qui s'achèvent dans le cours d'une année se rattachent d'une manière évidente à la position de la terre relativement au soleil, car ses diverses phases coïncident avec les équinoxes, les solstices et tous les changements brusques des saisons ^ Dans l'Europe occidentale, ainsi que Cassini Ta constaté le premier, la boussole se rapproche graduellement du méridien, en cheminant vers Test, pendant la période qui s'écoule de Téquinoxe de mars au solstice de juillet; puis Taiguille aimantée recommence à marcher vers Touest, mais en se ralentissant peu à peu, et c'est à la fin de Thiver seulement
4. Jourtinl of the American geographical and slatislical Society, 4870.