LA CHALEUR SOLAIRE
La terre, il est vrai, a sa chaleur propre comme tous les corps célestes; mais, quelle que soit la température inconnue des couches profondes, celle de la superficie provient uniquement du grand foyer de calorique dont les rayons vibrent incessamment dans l'espace jusqu'aux astres les plus reculés du système planétaire. Quand le soleil s'élève sur l'horizon, la terre se réchauffe; elle se refroidit quand il descend du zénith ; puis, dès que l'astre a disparu, le calorique reçu pendant la journée rayonne à travers l'atmosphère. Les oscillations de chaleur et de froid relatif qu'on éprouve du jour à la nuit et de Tété à l'hiver dépendent toutes des mouvements et des variations du calorique épanché par le soleil sur la terre ou retournant de la terre dans les régions du ciel. Ce sont ces incessantes alternatives que mesure le thermomètre ; seulement, puisque la chaleur de l'air et du sol varie en tout temps et en tout lieu, la série des températures qui se succèdent en diverses localités ou même en un seul endroit devient pour ainsi dire infinie, et si l'on veut se rendre compte des phénomènes de chaleur et de froid, il faut obtenir, par la comparaison des instruments, à des heures et à des périodes régulières, des moyennes de la température diurne, mensuelle, annuelle et séculaire. C'est là une œuvre des plus difficiles, car il faudrait d'abord écarter toutes les chances possibles d'erreur, et savoir choisir précisément pour lieu d'observation celui où les indications du thermomètre ne sont jamais modifiées par des causes spéciales, telles que courants d'air ou réverbération de la chaleur. Les influences perturbatrices sont si nombreuses, que l'on n'est point encore sûr d'avoir déterminé d'une manière exacte la vraie température moyenne d'une ville comme Paris, où pourtant des millions d'observations ont été faites. M. Renou affirme même que, depuis cent ans, les météorologistes ont toujours donné par erreur à l'atmosphère de Paris une température trop élevée d'environ 1 degré centigrade. L'emploi des instruments automoteurs, qui tracent eux-mêmes sur le papier, soit par le crayon, soit par la photographie, la série continue des courbes produites par les oscillations de température, diminuera beau-
coup les erreurs probables et facilitera singulièrement la comparaison de tous les résultats obtenus en des localités différentes.
Si la terre était un globe d'une régularité parfaite, n'offrant à sa surface aucun contraste de terre et de mer, de plateaux et de plaines, de neige et de verdure, et se maintenant toujours à la même dislance du soleil, une répartition normale des climats s'établirait sur tous les points de la rondeur terrestre, et l'on pourrait mesurer exactement le degré de chaleur par la latitude. A l'équateur, la température serait à son maximum, et, de chaque côté de cette ligne, irait en décroissant jusqu'aux pôles : ainsi que l'a calculé le mathématicien Lambert, la quantité totale de chaleur reçue, évaluée conventionnellement à 1,000 sous l'équateur, ne serait plus que de 923 sous l'un et l'autre tropique, et de 500 au cercle polaire. Mais la terre n'est point cette sphère polie, éclairée d'une manière toujours égale par les rayons du soleiL Elle est illuminée d'une manière différente, suivant les saisons, et les traits de sa surface, aussi harmonieux qu'ils soient dans leur ensemble, n'ont rien de cette symétrie parfaite des figures géométriques. Il en résulte une variété infinie de climats. Tel pays rapproché du cercle polaire reçoit plus de chaleur que telle autre contrée située à une moindre distance des tropiques; telle région de la zone tempérée est brûlante en comparaison de certains espaces de la zone équatorîale. Les températures ne cessent de se déplacer, d'osciller, de s'entre-croiser sous l'action des vents, des courants, des météores, de la végétation : indiquées par des lignes sur le pourtour de la terre, elles forment un lacis inextricable, dont on ne peut reconnaître que les traits principaux. Et chaque saison, chaque jour, chaque minute ajoute encore à l'enchevêtrement de ces diverses températures, car nulle part les évolutions périodiques des climats locaux ne se ressemblent d'une manière complète. Dans les montagnes surtout, la moindre diff'érence d'exposition, le moindre écart d'altitude, font varier la température de deux endroits voisins autant que sMls étaient séparés l'un de l'ait tre par des centaines de