LE CONTRASTE DES CLIMATS
kilomètres de distance. A côté des villes d'hiver du littoral de la Provence et des Alpes-Maritimes, Cannes, Antibes, Villefranche, bien chaudement abritées par un amphithéâtre de collines, s'ouvrent, comme des fractures de Técorce terrestre, les âpres vallées du Var, du Loup, de la Siagne, donnant passage au terrible mistral, qui jadis, dit-on, contribua plus que Marins à chasser les Cimbres des Gaules. Aussi les diverses lignes d'égale température que les météorologistes s'étudient à tracer sur les cartes ne peuvent-elles jamais indiquer que des moyennes générales, des résultantes de toutes les lignes extrêmes s'agitant incessamment de part et d'autre, comme des cordes vibrantes. Et si la température moyenne d'un seul endroit est déjà si difficile à connaître d'une manière exacte, à combien plus forte raison est-il malaisé de déterminer avec précision, pour tout un pays, le climat général formé par la résultante des climats pai^iculiers !
Les nombreuses observations faites en différents lieux de la terre ont démontré que la température moyenne, si longue à trouver avec certitude à la surface du sol, est indiquée d'une manière permanente à une profondeur variable dans le terrain lui-même. En effet, les couches solides qui composent l'enveloppe extérieure du globe, ne laissant passer que trèslentement la chaleur, soit quand elle pénètre au dedans, soit quand elle rayonne au dehors, il en résulte que les variations de la température atmosphérique doivent s'atténuer graduellement et s'oblitérer même en entier à une certaine distance de la surface. En moyenne, la chaleur du jour se propage dans le sol avec une telle lenteur, qu'elle traverse en neuf heures seulement la première couche superficielle de 30 centimètres. A des profondeurs variables de 60 à 130 centimètres, toutes les oscillations diurnes de froid et de chaleur ont complètement disparu sous les climats de la zone tempérée. Les variations annuelles, beaucoup plus durables dans leurs effets, pénètrent à une profondeur plus considérable ; mais, par suite du retard qu'elles éprouvent en gagnant les espaces profonds, il se trouve qu'à un petit nombre de mètres au-dessous de la surface, l'ordre des saisons s'est changé : l'été, graduellement
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retardé à mesure qu'il pénètre dans le sol, atteint les couches de 6 à 8 mètres seulement quand Thiver est revenu; de son côté, le froid ne se fait sentir dans ces profondeurs qu'au milieu de l'été. Pour traverser une couche de terrain de 1 mètre d'épaisseur, la température de la surface n'emploie pas moins d'un mois entier, et dans ce lent trajet elle ne cesse de se rapprocher de la moyenne d'équilibre annuel. A Bruxelles, le maximum de chaleur, ayant été ressenti à la surface le 22 juillet, n'atteignit la profondeur de 8 mètres que le 12 décembre suivant, cent quarante-sept jours après ; de môme l'intervalle entre le froid de la surface, au 23 janvier, et celui de la couche profonde, au 18 juin, fut de cent quarante- trois jours. Quant à l'écart total des températures de Tannée, qui est dans cette ville d'une vingtaine de degrés à la surface, il n'est plus que de 1 degré à 8 mètres audessous.
La neutralisation complète de l'influence des saisons s'opère à des profondeurs diverses. Dans les caves de l'obser-
vatoire de Paris, situées à 28 mètres du sol, la température est constante; çjle se maintient toujours à 11%76. En moyenne, on peut considérer que, dans le nord de l'Europe, toutes les influences extérieures de la chaleur et du froid ont complètement cessé de se faire sentir à 24 mètres de la surface. D'ailleurs, la pénétration du calorique et le rayonnement doivent être d'autant plus rapides, que les terrains sont meilleurs conducteurs et qu'ils sont plus abondamment percés de pores laissant pénétrer l'air de la surface : des expériences faîtes à Edimbourg par Forbes démontrent que le grès houiller est une des roches qui laissent le mieux passer la chaleur, car l'équilibre de température ne s'y produit qu'à une profondeur de 32 mètres. Dans les contrées où l'écart annuel entre la chaleur de Tété et le froid de l'hiver est très-considérable, c'est relativement très-bas dans le sol qu'il faut chercher le point où se neutralisent toutes les variations annuelles; en revanche, dans les pays où les climats des diverses saisons varient à peine, c'est à quelques décimètres de la surface que s'établit l'égalisation de la température annuelle. M. Boussin-