LES GLACES MARINES
rature moyenne de 2** 2 d'après Mùhry. En hiver, lorsque l*air est calme et que la neige tombe à gros flocons sur les flots tranquilles, la mer est bientôt recouverte d'une sorte de bouillie qui se change graduellement en pellicules de glace. Que le vent brise cette couche à peine formée, et les petits fragments épars s'entourent de neige à demi fondue, qui ne se mêle point à l'eau salée de la mer, et qui brille faiblement de nuances irisées par les rayons d'un soleil oblique ; mais ce spectacle ne dure point, et le froid reforme bientôt la couche glacée*. Même en dépit du vent et de la houle, d'innombrables aiguilles, qui donnent à la surface de l'eau une apparence pâteuse, étendent souvent leur réseau sur la surface liquide et bientôt se soudent en une couche épaisse que le froid de plus en plus rigoureux grossit incessamment. Par la chimie naturelle dont la mer est l'immense laboratoire, la masse glacée est en grande partie débarrassée du sel qu'elle renfermait; car, d'après les observations de M. Walker, elle n'en contient plus qu'une proportion de 5 millièmes, soit environ le cinquième de la quantité normale. L'eau voisine de la glace nouvelle se mélange au sel expulsé : elle devient plus lourde, et comme le point de congélation s'abaisse pour elle en même temps, elle descend dans les profondeurs sans devenir solide; Celle est la raison pour laquelle dans la haute mer, les couches inférieures de l'eau se congèlent rarement au-dessous de la nappe superficielle, ainsi qu'on pourrait s'y attendre'.
Par suite des rencontres fréquentes qui ont lieu entre ces glaces ballottées des flots, elles prennent en général la même forme circulaire que les glaçons des fleuves : ce sont des rondelles d'un faible diamètre, légèrement relevées sur leurs bords ; les marins anglais les appellent « gâteaux de glace » (ice-^akes). Mais le froid devenant plus intense, ces disques finissent par adhérer les uns aux autres, et bientôt des milliers d'entre eux, unis en un vaste champ, forment des lies qui s'étendent jusqu'aux extrémités de l'horizon. Plusieurs
4. Gustave Lambert, Bulletin de la Société de Géographie, déc. 4867. 2. Neumano, Ueher die Dichligkeil beim Meerwasser.
lik L'OCÉAN.
(( banquises » ont une superficie de centaines de milliers de kilomètres carrés , ou même constituent de véritables continents. Celles qui bordent les rivages orientaux du Groenland ne se sont point fondues depuis quatre siècles, et défendent rapproche de la terre aux navigateurs; celles qui se rattachent aux côtes de la Sibérie sont encore plus considérables à cause de la longue étendue des rivages qui leur servent de point d'appui. Dans Tarchipel polaire de F Amérique, les glaces barrent presque chaque année l'entrée des canaux, et se dressent en murs infranchissables. Que de fois les explorateurs des mers arctiques ont en vain tenté de trouver un passage à travers ces barrières et sont restés emprisonnés dans la masse solide après s'être aventurés dans quelque baie trompeuse de la banquise ! Une sorte de mirage, connu par les navigateurs allemands sous le nom d^eisblinky révèle de loin la nature de la glace dans laquelle cherchent à s'aventurer les bâtiments. Si le ciel est légèrement blafard, la glace est faible et d'origine récente ; si les reflets sont jaunâtres, la mer est recouverte de banquises ; un horizon blanchâtre indique la présence d'amas de blocs entassés ; enfin la réverbération des champs de neige rend l'atmosphère sombre et fumeuse.
Les interminables surfaces des banquises sont presque tou* jours précédées, du côté de la haute mer, de blocs et de disques oscillant et tournoyant sur les flots : ce sont les îles éparses annonçant le voisinage des continents de glace. Ceux-ci, qui s'élèvent en moyenne de 1 à 2 mètres au-dessus de l'eau, et dont la base descend jusqu'à 6 ou 8 mètres sous la surface, sont quelquefois d'une assez grande uniformité d'aspect, et quand la neige recouvre toutes les inégalités, la banquise parait transformée en une plaine unie comme les steppes de la Russie. Cependant la glace est beaucoup plus souvent rugueuse; fragments de banquises, blocs et débris de glaciers, jadis voguant séparément sur la mer, puis juxtaposés par les courants et sondés par le phénomène du regel*, sont mêlés en un véritable
4 . Voir, dans le \ •' volume, les Glaciers; — Tyndall, Cours scientifiques, n» 87, 1 866*.