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LES CLIMATS DANS LES HAUTEURS DE LAIR

modifient incessamment le régime des couches aériennes, et souvent ceux qui s'élèvent sur le flanc des montagnes pénètrent d'une zone relativement froide dans une zone d'une température plus élevée. L'ordre des climats se trouve interverti. C'est ainsi que, pendant l'hiver de 1838 à 1839, le froid était de — 20* à Andancette, sur le bord du Rhône, tandis que dans les montagnes de Saint-Agrève, à 1,125 mètres plus haut, il était de — J2^. M. Glaisher a fréquemment constaté des phénomènes de ce genpe, soit des accroissements continus de chaleur, soit des « sautes » de température soudaines,' à mesure qu'il s'élevait dans l'atmosphère. Dans son ascension de Wolverton, en 1863, où il monta jusqu'à plus de 7,000 mètres, il se trouvait encore à cette hauteur au milieu de nuages pluvieux, tandis qu'à 2 kilomètres et demi plus bas, il traversait une immense couche neigeuse, d'une épaisseur de 1,800 mètres. En général, la diminution de la température dans les hauteurs atmosphériques est beaucoup plus régulière par un ciel couvert de nuages que par un temps sec*. M. Prestel a prouvé, par de longues et précises observations, que dans la partie de l'air qui repose immédiatement sur le sol, la chaleur augmente d'une manière constante de bas en haut, jusqu'à 9 mètres au moins '. Par suite de perturbations météorologiques, cette zone de température croissante peut s'élever parfois à une hauteur considérable au-dessus de la surface terrestre.

Malheureusement les séries d'observations régulières faites à une grande élévation sont rares encore, et même en Suisse, où tant d'hommes éminents s'occupent de recherches scientifiques, il n'existe, au-dessus de 600 mètres, guère de stations dont les moyennes mensuelles de température soient constatées avec certitude. C'est donc seulement d'une manière approximative que l'on a pu calculer les lois suivant lesquelles la chaleur diminue dans les hauteurs de l'air pendant les diverses saisons. De Saussure, auquel revient l'honneur d'avoir

4. Marié Davy, les Mouvements de r Atmosphère, p. 404. — Voyages aériens, p. 86, 406.

2. Zeitschrifl fur Météorologie von Jelinek, 4" janvier 4867.

fait le premier des observations de ce genre, constata que, sur les pentes occidentales du mont Blanc, le décroissement delà température pendant la saison chaude était de i degré par J65 mètres environ. En tout cas, il est désormais certain que, durant l'été et en plein jour, les couches aériennes de température différente sout beaucoup plus minces qu'en hiver et durant la nuit. On peut dire d'une manière générale, avec Helmholz, que la chaleur diminue de bas en haut de i degré centigrade par intervalles de 160 mètres en été et de 240 mètres en hiver, sur les flancs des montagnes de la Suisse; pour l'année entière, d'après M. Charles Martins, les intervalles moyens seraient de 172 à 173 mètres. Depuis, le résumé de toutes les observations connues a fourni i M. Mùhry un chiffre plus élevé, celui de 200 mètres par degré centigrade *. Du reste, chaque montagne diffère sous ce rapport, et sur les cimes isolées, comme le Ventoux, les climats superposés sont beaucoup plus rapprochés les uns des autres que sur les flancs des hauteurs qui font partie de vastes systèmes montagneux.

- Snccesion du cUuutt Mir \ea pgDlag ta mont BIiDC.

Studer évalue à 400 mètres la hauteur moyenne à laquelle passe l'isotherme de 10 degrés dans les massifs alpins; l'iso-

*. Allgemeines Klinta der Schw$iz.

therme de 5 degrés planerait à 1,300 mètres au-dessus du niveau de la mer; celle de la glace fondante contournerait les monts à 2,200 mètres, et la température continuerait de diminuer ainsi de i degré par 180 mètres jusqu'aux nues les plus élevées. Ainsi, dans les caries qui représentent le relief des montagnes par des courbes de niveau concentriques, ces courbes peuvent servir à figurer non-seulement Faccroissement de Taltitude, mais en même temps l'abaissement de la chaleur moyenne : ce sont comme des degrés de latitude superposés. Les observations des aéronautes ont rendu probable que, dans les hauteurs de l'atmosphère, l'intervalle s'agrandit de plus en plus pour chaque décroissement de température de 1 degré. Sur les limites de l'océan aérien, toute la chaleur que les rayons du soleil donnent à la terre finit par disparaître, et les froids de l'espace régnent jusqu'aux planètes voisines.

L'étude des climats qui régnent actuellement à la surface du globe doit se compléter par celle des changements survenus pendant la période historique ; malheureusement les premières observations météorologiques datent d'une époque très-rapprochée de nous, et les faits trop peu nombreux ou même incertains sur lesquels on s'appuie pour arriver indirectement à connaître le régime de la température dans les siècles antérieurs, n'autorisent point les savants à formuler de loi précise sur la modification des climats. Depuis longtemps déjà, Arago avait essayé d'établir par des considérations très-ingénieuses que, dans l'espace des trente derniers siècles, la Palestine n'a cessé de jouir d'une température de 21 degrés à 21 degrés et demi, car aujourd'hui, comme aux temps de l'histoire des Juifs, la limite septentrionale de la zone où mûrissent les dattiers et la limite méridionale de la zone des vignes coïncideraient sur les bords du Jourdain*. Que la température moyenne soit restée à peu près la même dans cette contrée, cela est possible , mais il n'en est pas moins certain que sous d'autres rapports le climat de la Palestine a singu-

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