CHAPITRE I
La multitude des êtres vivants. — Nombre des espèces végétales. — Proportion des dicotylédonées, des monocotylédonées et des cryptogames. — Les forêts et les savanes.
Par la seule harmonie de ses formes, par la disposition rhythmîque de tous ses traits extérieurs, la pureté de l'air qui l'entoure et la lumière qui la colore, la surface de la planète est, dans son ensemble, d'une beauté grandiose; mais ce qui fait surtout la grâce et le charme de la terre, ce sont les myriades infinies d'organismes qui la peuplent. Ce sont eux qui ajoutent une si merveilleuse variété d'aspect, une si grande animation à la majesté sévère que présente la face nue des rochers, telle qu'on la voit encore çà et là dans les régions désertes dépourvues de végétation. La lumière, la chaleur, l'électricité et le magnétisme qui donnent lieu à tant de phénomènes changeants dans le monde organique de l'astmosphère, de la terre et des eaux, développent des tourbillons d'activité dans ce monde de la vie végétale et de la vie animale que la force créatrice des éléments engendre par une mystérieuse transformation. Des centaines de milliers d'espèces
hSk LA VIE.
diverses, ayant chacune un nombre incalculable de représentants, qui sont eux-mêmes composés de molécules innombrables toujours en voyage de l'être vivant à la terre et de la terre à l'être vivant, germent, grandissent et meurent pour faire place, à leur tour, à d'autres générations d'organismes sans nombre. Ainsi les multitudes succèdent aux multitudes dans l'immense série des âges. Les couches extérieures de la terre sont renouvelées par toute cette matière qui a vécu. Les assises de houille, les masses crétacées, les strates nombreuses de calcaire offrant en maints endroits plusieurs kilomètres d'épaisseur et recouvrant une si large étendue de l'ossature continentale, ne sont autre chose que les débris des populations de plantes et d'animaux qui habitaient autrefois les terres et rOcéan. De nos jours aussi se forment incessamment de nouvelles couches composées en entier des restes de corps organisés, et la surface presque tout entière des continents s'est revêtue d'humus, de sol végétal, sorte de « membrane proligère, » constituée par la désorganisation de la vie et produisant la vie à son tour.
Ce sont principalement les plantes qui travaillent à la formation de cette terre nourricière, et qui préparent ainsi, des siècles à l'avance, la pâture des générations à venir, sans laquelle les animaux supérieurs n'auraient pu nattre et se développer sur la planète. Aux origines de la vie, les êtres, formes indécises désignées par Carus sous le nom de protoorganismes, semblent tenir à la fois de la bête et de la plante; mais, en progressant, ils précisent bientôt leur structure et leur genre de vie, pour entrer, les uns dans la série animale, les autres dans la série végétale, et c'est à cette dernière surtout qu'il revient de peupler et d'embellir la terre, grâce à la fécondité de ses espèces, à la richesse de ses formes et de ses couleurs, aux puissantes dimensions de ses arbres, dont quelques-uns, comme le séquoia et Yeucalyptusy se dressent à plus de 100 mètres de hauteur dans la région des nuages. Comment la planète produit-elle donc les innombrables corps vivants de sa surface, depuis le limon verdâtre qui germe sur les mares, jusqu'à l'homme qui se dresse dans sa force et tra-