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LES LIMITES DES ESPÈCES

frontières d'autres zones de plantes traversent le continent dans toutes les directions, de sorte qu'il est impossible d'y voir,- comme dans les lignes d'égale température, la moindre apparence de parallélisme. On peut citer en exemple les courbes décrites par les limites polaires de certains arbres et arbustes bien connus : le houx, le chamœrops humilis, le hêtre, le frêne, le jasmin (fig. 167). Parmi les végétaux de l'Europe, il en est même dont les stations indiquent par leurs contours un antagonisme absolu entre les conditions du climat qui leur est

Fig. 168. — Jjmiles polairei iadabiEitia jalifoUi i

nécessaire. Ainsi le dabœcia polifolia, plante craintive qui redoute les froids hivers et les étés brûlants, ne quitte les Açores, au climat humide et régulier, que pour se hasarder sur les c6tes atlantiques du Portugal, de l'Espagne, de la France et de l'Irlande, où les pluies sont abondantes et les froids tempérés. L'amandier nain, au contraire, se propage hardiment des bords du Danube jusqu'au pied des monts Ourals, à travers les steppes russes, où des hivers secs et très-froids succèdent à des chaleurs excessives (fig. i68).

D'après la méthode d'observation des températures indiquée d'abord par Réaumur et reprise depuis par Boussingault,

de Gasparin et surtout par Alphonse de Candolle, on peut s'expliquer désormais les sinuosités qu'offrent les limites des aires végétales. Cette méthode consiste à supputer les « sommes de chaleur » nécessaires au développement complet de chaque plante, c'est-à-dire à compter chaque jour les degrés de chaleur moyenne qui dépassent la température à laquelle le végétal a commencé sa carrière de Tannée, et à calculer le total de toutes ces chaleurs quotidiennes* Certaines plantes de la zone glaciale, qui, dans l'espace de quelques journées de Tété polaire, ont le temps de germer, d'ouvrir leurs feuilles et de mûrir leurs fruits, se contentent d'une somme de 50 degrés. L'orge, qui, de toutes les céréales, s'avance le plus dans la direction du pôle, entre dans sa période de croissance lorsque la température a dépassé au moins 5 ou 6 degrés, et demande pour arriver à maturité un total de 1,000 degrés, quelles que soient d'ailleurs les moyennes des saisons qu'elle traverse. D'après de Seynes, le froment commence sa végétation à 7 degrés au-dessus de zéro et reçoit environ 2,000 degrés jusqu'à l'époque de la moisson, qui varie suivant les climats. Le maïs, plante plus méridionale, a besoin de 2,500 degrés, et son point de départ est au 13* degré du thermomètre. La vigne exige 2,900 degrés à partir du 10* degré de l'échelle. Enfin Alphonse de Candolle pense qu'il faut au dattier une chaleur totale d'environ 5,100 degrés avant qu'il puisse mûrir ses fruits*. La plupart des plantes de la zone tempérée peuvent supporter des froids de 10, de 15 ou même de 20 degrés, sans que la force vitale soit supprimée chez elles; mais aucune ne peut germer ou croître à une température inférieure au point de glace. Dans les montagnes, les saxifrages et les soldanelles fleurissent jusque sous la neige, mais l'eau qui arrose leurs racines et l'air qui entoure leurs tiges et leurs feuilles ont déjà une température supérieure à zéro. Il ressort des recherches d'Alphonse de Candolle que la croissance des espèces végétales commence en moyenne à 5 degrés centigrades dans les régions de l'Europe occidentale. Toutefois il

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