LES PLANTES DES EAUX ET DE L'AIR
loin, à la surface d*une prairie. Les plantes qui fructifient à la fois dans les eaux pures et les eaux salées sont peu nombreuses, et, d'ordinaire, on les rencontre seulement dans les estuaires des fleuves que parcourent les marées et où s'opère graduellement le mélange entre les masses liquides. Quant aux tourbières, elles sont composées en entier de plantes associées qui se pressent les unes contre les autres et contiennent de l'eau idans leurs interstices comme dans une immense éponge*. La végétation des plages elles-mêmes présente un contraste des plus frappants suivant qu'elle entoure des eaux pures ou des mers saturées de substances salines. Ainsi, les relais de l'Océan, dont le sable ou l'argile sont fortement mélangés de sel marin, produisent en abondance des salsolées, des salicornes, des statices et d'autres plantes, en général d'une apparence assez triste, qui donnent aux rivages une physionomie toute particulière. Dans l'intérieur des continents, on ne retrouve de flore semblable que sur le pourtour des lacs salins et dans les terres où viennent jaillir à la surface des sources chargées de sel : c'est même la vue de ces plantes qui a poussé les mineurs à percer le sol, afin d'y découvrir les bancs de sel gemme cachés dans les profondeurs du sol. D'autres espèces végétales semblent avoir besoin, non du sel de la mer, mais des vapeurs qui s'en échappent : telle est l'une des bruyères les plus charmantes, erica sykmtica, qui croît dans les plaines basses autour du golfe de Finlande, de la mer Baltique, de la mer du Nord, de la Manche, du golfe de Gascogne, et que l'on retrouve encore sur les côtes de l'Espagne et du Portugal, sans que jamais on l'ait rencontrée à plus de 250 kilomètres du rivage.
Aussi bien que les eaux, l'atmosphère possède sa végétation spéciale. Certaines plantes ne demandent au terrain qu'un simple point d'appui, et tirent de l'air toute la nourriture dont elles ont besoin. Des multitudes d'autres espèces végétales ne croissent j amais sur la terre nue et se fixent sur les racines cachées, les tiges ou les branches d'autres plantes
1. Voir, dans le premier volume, le chapitre intitulé /es Lacs elles Marais.
qui leur servent de sol nourricier. Lianes de tontes sortes, orchidées, passiflores, bignoniacées, euphorbiacées, apocynées, fougères, mousses et lichens se groupent ainsi en forêts aériennes et, se mêlant au feuillage des arbres qui les portent, les ornent diversement de guirlandes, de bouquets, de touffes de verdure ou de fleurs. Sur ces parasites vivent d'autres parasites, et, dans certaines forêts tropicales, où chaque arbre est un monde de plantes, le fouillis des végétations entremêlées offre une telle confusion de formes, que l'œil du botaniste le plus exercé est seul capable de s'y reconnaître. Enfin l'intérieur même du sol a sa flore particulière, composée de truff'es et d'autres cryptogames qui ne veulent recevoir l'influence de l'atmosphère qu'à travers les pores du terrain. Les grottes ont aussi, jusqu'au fond de leurs labyrinthes, des plantes qui fuient la lumière ; et dans les forêts, certaines espèces végétales, presque toujours blanches ou pâleSy se blottissent à l'ombre, au pied des grands arbrçs, et redressent à peine leur tige délicate au-dessus du tapis de mousse et de feuilles sèches.
Parmi les végétaux, de beaucoup les plus nombreux, qui enfoncent leurs racines dans le sol et balancent leurs feuilles dans l'air libre, il en est qui préfèrent un sol sablonneux ; d'autres se plaisent surtout sur les terrains calcaires ; d'autres encore sur les graviers, sur l'argile dure ou dans les fentes du granit. Quelques botanistes ont même essayé de classer les plantes d'après la composition chimique des terrains qu'elles affectionnent. Il est certain que plusieurs espèces, même sans tenir compte de celles qui croissent sur les terres salines, se rencontrent exclusivement sur un sol de leur choix; le châtaignier, la digitale pourprée, le genêt commun, se plaisent dans les terres siliceuses; le carex arcnaria, les autres plantes ordinaires des dunes ejt, sous le climat des tropiques, le cannellier demandent le sable presque pur; les calcaires ont aussi leurs espèces qui ne prospèrent point ailleurs. Toutefois ce n'est point, semble-t-il, à cause des substances qu'elles renferment, mais surtout à cause de leurs propriétés physiques, dureté, densité, porosité, que ces divers