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LA MER DE VARECH

poissons se jouent par centaines au-dessous des frondes qui les garantissent du soleil; des myriades de petits animaux, crustacés, serpules et coquillages, courent, rampent ou s'incrustent sur les tiges entrelacées de ces forêts voyageuses et traversent avec elles retendue des mers.

On croyait autrefois que ces varechs flottants de l'Atlantique avaient été détachés par la houle des rivages des Antilles et de la Floride, puis emportés par le Gulf-stream à des centaines de lieues des terres ; tous ces débris, entraînés dans l'immense circuit des eaux, se seraient à la fin réunis comme au centre d'un remous dans l'espace entouré, par les eaux du grand tourbillon circulaire de l'Atlantique septentrional. Cette idée n'était pas exacte. Les fucus de l'Océan naissent et se développent à la surface des eaux*. Jamais on n'a pu y découvrir de racines ni le moindre indice de bulbes qui se seraient cramponnées à la terre et que les flots en auraient arrachées. Chaque tige se termine brusquement à son extrémité inférieure 'par une espèce de cicatrice, et n'est évidemment qu'un rameau détaché d'une autre plante; des vésicules pleines d'air, qui ont valu à ce fucus son nom de raisin des tropiques, lui servent de flotteurs pour le soutenir sur l'eau, tandis que des centaines de membranes foliacées se redressent verticalement au-dessus de chaque îlot de varech, afin d'absorber la quantité d'air dont ces organismes ont besoin pour croître et se propager.

Il est vrai que toutes les prairies de fucus tournoient sous l'influence des vents dans le remous formé par le Gulf-stream et le courant équatorial ; mais, au lieu d'avoir été apportées par ces fleuves maritimes, elles s'arrêtent au contraire devant eux et s'accumulent en traînées le long de leurs rives intérieures; un petit nombre de plantes seulement pénètrent dans la mer des Antilles et dans le golfe du Mexique par les débouquements des îles. La mer de varech proprement dite de l'At- Ifinlique boréal est comprise entre le 16' et le 38* degré de latitude nord et s'étend de Test à l'ouest du 50* au 8" degré de

I. Leps; — Blunt, Journal of ihe American geographical Society, 4870.

longitude. Dans cet immense espace, les vareciis constituent deux amas séparés, comme si une branche du courant équatorial se reployait vers le nord pour refouler à droite et à gauche les prairies de sargasses. On peut hardiment évaluer à plus de II millions de kilomètres la superficie de cette nappe d'herbes; dans les autres océans. Pacifique boréal, mer du Sud, Atlantique méridional, les prairies de varech couvrent aussi d'énormes surfaces. Si jamais les agriculteurs d'Europe et d'Amérique mettent à exécution l'idée de M. Leps, qui propose de charger des navires de ces plantes, ils trouveront donc largement à s'approvisionner d'engrais pour ramélioration de leurs cultures*.

H ressort des nombreuses études comparatives d'Alphonse de GandoUe que la forme générale de l'aire occupée par chaque plante est celle d'une ellipse, un peu allongée de l'est à l'ouest sous les latitudes tempérées, et du nord au sud sous les lati« tudes tropicales : cette disposition ordinaire est facile à comprendre, car, dans les diverses zones, le grand diamètre de l'ellipse doit indiquer la direction dans laquelle le climat offre le plus d'égalité sur une étendue plus considérable. Chose remarquable, l'aire moyenne des espèces est d'autant plus vaste qu'elles ont une organisation plus simple et qu'elles semblent avoir plus d'ancienneté. Ainsi les cryptogames, qui sont les plantes les moins développées, occupent la surface la plus grande. De même les espèces marines ont une aire moyenne plus étendue que celle des espèces terrestres; les herbes ont une habitation plus vaste que celle des arbres; enfin les phanérogames annuels ont une patrie de plus larges dimensions que les phanérogames vivaces et ligneux : « L'aire des plantes est en raison inverse de la complication de leur structure. Il est aussi très-remarquable que, par des causes géologiques probablement antérieures à l'état actuel du globe, l'aire moyenne des espèces diminue graduellement du pôle arctique aux pointes australes des continents.

i. Leps, Annales hydrographiques, 4857, 4« trim.; — Bulletin de la Société de Géographie j septembre 4865. — Laverrière.

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