‹ La terreChapitre 313 sur 447 · L'ÉTENDUE DES AIRES VÉGÉTALES · texte numérisé non relu

L'ÉTENDUE DES AIRES VÉGÉTALES

Aucune espèce phanérogame, pas même l'ortie ni le pourpier, les plus fidèles parmi les compagnons de Thomme, ne peuple la terre entière. On compte seulement dix-huit espèces qui se montrent à la fois sur la moitié de la surface terrestre, et le nombre total des plantes connues qui occupent chacune un tiers du globe n'est évalué qu'à cent dix-sept. En revanche, il est des végétaux que les botanistes n'ont encore découverts que dans un seul ravin ou sur un promontoire isolé. Plusieurs Iles éparses dans l'Océan, Sainte-Hélène, Tristan d'Âcunha, Juan Fernandez, Madère, les lies Gallapagos, possèdent la plupart de ces plantes solitaires, introuvables ailleurs; mais il est aussi des parties du continent où les espèces ont pour tout domaine un district de quelques lieues ou de quelques hectares, dans lequel on pourrait voir comme une sorte d'île continentale. Quant à la moyenne générale de la surface des aires, elle serait, d'après Alphonse de Candolle, d'environ la cent cinquantième partie de la superficie planétaire, soit à peu près de 300,000 kilomètres carrés.

Contraste des flores dans les diverses parties du monde. — Les flores insulaires et les flores continentales. — Richesse croissante de la végétalion dans la direction des pôles à réquateur. — Forêts tropicales. ^ Forêts de l'Amazone.

Considérés dans leur ensemble, les continents eux-mêmes présentent, comme les aires plus étroites, des oppositions remarquables entre les flores. Ainsi, toutes proportions gardées quant à l'étendue, le nouveau monde parait être beaucoup plus riche en espèces végétales que ne l'est l'ancien. Ce fait s'explique par la disposition générale du continent américain et de ses chaînes de montagnes alignées presque toutes dans la direction du nord au sud. Par suite de la position des Andes et des Cordillières, des montagnes du Brésil, des Alleghanys, des Rocheuses, de la Sierra Nevada et du Coast-Range de

Californie, il se trouve que, sous chaque latitude, les climats les plus divers se succèdent sur les versants opposés, et, par suite, des espèces différentes se développent dans chacun de ces climats distincts. Dans Tancien monde il n'en est pQint ainsi, car la plupart des chaînes de montagnes, les Pyrénées, les Alpes, les Balkhans, îe Caucase, le Taurus, THimalaya, le Karakorum, le Kouenlun, se prolongent dans la direction de Touest à Test, et par conséquent les climats et les flores ne se modifient dans le même sens que par transitions ménagées. D'un autre côté, l'Afrique, malgré la situation de la plus grande partie de sa masse sous la zone torride, est relativement moins riche que les autres continents en espèces de plantes ; ce fait s'explique par l'uniformité générale de la contrée, par le petit nombre des chaînes de montagnes, par la faible humidité de ses vents. En revanche, l'extrémité méridionale de l'Afrique, la colonie anglaise du Cap, est d'une richesse végétale extraordinaire. Dans la zone tropicale, les fleurs aux couleurs les plus éclatantes se montrent principalement sur les grands arbres; dans la zone subtropicale, les arbustes sont les plantes les plus remarquables par leurs fleurs, tandis que, dans les régions tempérées, ni les arbres ni les arbustes ne peuvent être comparés, pour leur magnificence, au tapis diapré des prairies*.

Un autre contraste avait été signalé par divers botanistes, celui de la pauvreté relative des flores insulaires comparées aux flores continentales. Toutefois cette question est controversée, et le manque d'observations suffisantes ne permet point encore de la résoudre. En tout cas, il est certain qua les fies considérables, telles que la Sicile, la Grande-Bretagne, Cuba, Ceylan, ont des caractères de végétation tout à fait analogues à ceux des continents voisins; de même les Ferôer et Spitzberg ont autant d'espèces, en proportion, que les grandes terres situées à une égale distance du pôle. Par contre, l'archipel dû Cap- Vert, les Canaries, Madère, les Açores, ont de trois cents à cinq cents espèces de moins qu'on n'en trouverait sur une

Page 1