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Avé-Lallemant, Reise durch Nord^Brasilien

tout festonné de guirlandes de lianes entrelacées, qui se balancent au-dessus du canot des voyageurs. En aucun pays du monde, la force et le charme, la grandeur de rensemble et la grâce infinie des détails ne se combinent d'une manière aussi complète : c'est le triomphe de la nature vivante. La forêt est à la fois grandiose et joyeuse, et n*a rien de la douce mélancolie des bois de la zone tempérée*.

Si toutes les plantes de la terre ne se trouvent pas dans les immenses selvas de TAmazone, du moins tous les genres, même ceux qui manquent absolument, y sont représentés* par des équivalents. Ainsi la famille des rosacées, qui nous donne les charmantes églantines de nos haies et les admirables roses de nos jardins, qui produit la plupart de nos fruits, la poire et la pomme, la pêche, la cerise, la nèfle, Tamande et tant d'autres encore, existe à peine sous les tropiques; mais elle est remplacée par une autre grande famille, celle des myrtacées, qui produit la goyave, la pitanga, ainsi qu'une multitude d'autres fruits savoureux dont les noms sont à peine connus ou même ignorés en dehors des régions tropicales. Ains chaque zone a sa famille spéciale d'arbres porteurs de fruits. De même les humbles céréales du nord, dont les grains servent de base à l'alimentation de l'homme, ont pour équivalent, dans le voisinage de l'équateur, la grande famille des palmiers, dont un si grand nombre d'espèces vivent sur les bords de l'Amazone et de ses affluents. Chacune de ces rivières a son espèce caractéristique de palmier donnant à ses forêts et aux villages de ses berges un aspect nouveau; même sur le fleuve principal, les variétés se succèdent plusieurs fois de l'embouchure au confluent du Solimôes avec le rio Negro et plus haut, jusqu'aux montagnes du Pérou*. Les espèces de l'arbre qui nourrit les indigènes de ses fruits et leur fournit en même temps de l'eau rafraîchissante, des tissus, des matériaux de construction, sont encore plus nombreuses que les céréales des pays du nord. Et cependant les

4 . Âgassiz, Conversaçoes scienlificas sobre o Amazonas. t, Id.^ ibid.

régions amazoniennes ne sont guère connues aujourd'hui que i dans le voisinage immédiat des rives fluviales, et chaque exploration des botanistes y révélera l'existence de nouveaux ; trésors végétaux. ^'

Étages de végétation sur les pentes des montagnes. — Pénétration réciproque des flores superposées. — Limites supérieures des espèces végétales en divers pays du monde. — Irrégularités dans Télagement des flores.

Par suite de l'abaissement graduel de la température sur les pentes des montagnes, des zones de végétation, analogues à celles qui se succèdent de l'équateur au pôle sur la rondeur du globe, s'étagent de la base au sommet des monts. Pour la flore comme pour le climat, on croirait marcher dans la direction du cercle polaire, à mesure qu'on s'élève sur les flancs d'un pic à une plus grande altitude au-dessus dés plaines; seulement les intervalles de climat que l'on mettrait des jours à franchir en voyageant vers le pôle, on les traverse en quelques minutes d'ascension, puisque, dans les montagnes, une hauteur de 160 à 2/iO mètres correspond en moyenne à 1 degré de latitude. Au pied du plateau qui porte le Gayambe, dans les Andes équatoriales , la végétation est celle de la zone torride ; à la cime neigeuse de ce volcan, que coupe la ligne même de l'équateur, on trouve des plantes rappelant celles du Groenland; mais quelque élévation que l'on atteigne, on rencontre toujours des organismes vivants. Sur les neiges elles-mêmes, les cellules du protococcus se groupent et s'animent, de même qu'au plus profond des mers la sonde découvre encore des diatomées en myriades infinies.

La limite qui sépare la flore de la montagne de celle des plaines inférieures n'est pas toujours bien distincte, et l'on doit souvent traverser de vastes régions douteuses avant de savoir, par l'aspect des plantes environnantes, quelle zone de végétation l'on a sous les yeux. De même il est parfois bien

difficile de reconnaître sur le yersant d'une chaîne les diyer^ flores étagées en hauteur, à cause des plantes intermédiaires appartenant à la fois à deux zones, et de celles qui, par suite des innombrables diversités du milieu, descendent auHiessoas ou montent au-dessus de la région normale de leur demeure. C'est ainsi que, sur les flancs du volcan de Chiriqui, Morilz Wagner a trouvé des prairies et des chênes verts à côté des palmiers-euterpe et des bégonias \ De même aussi, dansTÉtat colombien de Santander, le bananier et la canne à sacre donnent d'excellents produits à 2,757 mètres de hauteur, au milieu de la région des chênes et des bouleaux. II y a donc non-seulement superposition, mais aussi pénétration réciproque des climats et des forêts. Dans la Cordillère de Yaldivia, ce mélange des flores est tel, que les arbres de la plaine montent presque jusqu'à la limite inférieure des neiges pei^ sistantes, grâce à l'abondance extrême des pluies et à l'égalité du climat*.

Les monts où les limites entre les zones sont le plus nettement tranchées sont, on le comprend, ceux dont les pentes sont coupées d'escarpements abrupts. Une roche à pic de quelques centaines de mètres de hauteur est le plus souvent une frontière visible entre deux flores : on en voit un magnifique exemple à la chute delequendama, dans la Golomr bie, où l'eau plonge de la zone des pommiers et du seigle pour tomber dans celle des palmiers-maurice. De même un brusque changement dans les conditions physiques du lieu peut délimiter nettement deux zones de végétation. Dans la Vallouise, non loin de la base du Grand-Pelvoux, on remarque, sur le flanc méridional de la montagne de l'Èchauda, une ligne de démarcation, droite comme si elle eût été tirée au cordeau, entre la zone des arbustes et celle du gazon court des hauts pâturages : c'est que la partie inférieure de TEchauda est abritée par un promotatoire au-dessus duquel passe librement le vent froid descendu des glaciers. Sur les

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