Mittheilungen von Pelermann, 4864, II, p
%, E. Rambert, la Plantée alpines; — Guslav Mann, Mittheilungen von Petêttîmn, 1, 4 «65.
Depnis Hamboldt, on a pris souvent le Chimborazo et le PopocatepetI pour types des monts i étages superposés de végétation; toutefois ces deux montagnes ne peaventêtre citées que comme les représentants des régions tempérées sur lesquelles elles reposent, car elles se dressent sur des plateaux, et, poar trouver la flore bvpicale, il faut se rendre à une assez grande distance de leurs bases. L'Orizaba du Mexique, dont le cdne régulier se voit si bien de la mer, et la Sierra Nevada de Sanla-Marta, qui domine de 6,000 mètres les plages néogrenadines, sont les exemples les plus frappants de cetélagement des climats et des flores terrestres, car de la base od peut distinguer vaguement sur les pentes tout un résumé de la végétation du globe, depuis celle des cocotiers, qui se pencheot au-dessus des rivages, jusqu'à celle des plantes alpines, dout le vert se révèle à travers l'espace par le contraste qu'il fait avec la blancheur des neiges. Sur les flancs du volcan de Chiriqni, montagne de moindre hauteur qui s'élève également sur les bords de la mer des Antilles. M. Moritz Wagner a pu mesurer avec précision la hauteur des étages successifs. Celui des palmiers et des œusacées s'élève à 600 mètres environ; les
CULTDKBS DB JAVl,
^^TéfU^J}^.
fougères arborescentes et les orchidées se montrent de 600 à 1,300 mètres; au-dessus, les rosacées croissent jusqu'i 1,700 mètres; plus haut, de 1,700 à d,300 mètres, s'étendia
région des cbéaes et des bouleaux. Dans l'Ile de Java, Jes volcans isolés qui se dressent au-dessus des campagnes à l'exubérante végétation tropicale sont aussi admirablement situés pour que l'on puisse étudier sur leurs flancs les flores el les cultures étagées de la base à la cime des monts (flg. 170).
Les montagnes isolées qui baignent dans une atmosphère oà les phénomènes météorologiques s'accomplissent avec une grande régularité, offrent en conséquence une série normale de flores étagées du sommet â la base. Parmi les montagnes qui doivent être considérées comme types pour la distribution régulière des zones de végétation, on peut citer le pic de Teyde, le mont central des Canaries. En descendant des hauteurs du volcan dans la direction d'Orotava, on ne voit d'abord que des relamas, et toujours des rétamas, espèce de genêt grisâtre, qui se complaît dans le sol de cendres et de débris. Tout à coup une nouvelle plante apparaît, c'est une bruyère, et bientôt on est de tous les côtés entouré de bruyères; les relamas ont complètement disparu. Un vieux pin solitaire marque . la ligne de démarcation nettement tranchée qui sépare sur le flanc de la montagne la zone des plantes à teinte sombre de
Fig. 111. - ÊUgMdsTtgtUUodniTlMBaandapicdeTajrda {lia da TéndriEb.
celle des plantes verdoyantes. A mesure que l'on descend, les bruyères sont plus hautes et plus pressées, puis elles se mêlent aux fougères; vers 1,200 mètres d'altitude, des lauriers se
dressent çà et là au milieu des broussailles de plus en plas épaisses, et le sol Tolcanique se recouvre de gazon. Au-dessous^ de 1,000 mètres commencent les cultures, les lupins, le blé, quelques légumes; on aperçoit des ronces croissant au bord do sentier. A 720 mètres se trouve le premier figuier, puis ob entre dans la régioa des vignes, des cactus et des arbres fruitiers; à 300 mètres, on entre enfin dans la zone subtropicale indiquée par les bananiers et les dracœnas'.
En France, le Canigou est, parmi les hautes montagnes, celle qui se dresse le plus superbement au-dessus des plaines, et sur ses flancs, visibles en entier de la pleine mer, M. Aimé Massot et d'autres botanistes ont pu mesurer avec une grande exactitude les zones étagées de la végétation. Les oliviers qui recouvrent les campagnes de la Tét et du Tech, croissent aussi sur les racines avancées du mont jusqu'à k^O mètres d'altitude; la vigne s'élève plus haut, mais à 550 mètres elle disparaît i son tour; au delà de 800 mètres, cesse de croître le , châtaignier. Les derniers champs, cultivés en seigle et en
Fig. nt — KUg« de végéUtion
fi>^fn.
pommes de terre, ne dépassent point 1,6A0 mètres, hauteur à laquelle le hêtre, le pin, le sapin, le bouleau, souffrent déjà du vent et de la rigueur des hivers. Â 1,950 mètres s'arrête te
t Piani Smith, Teneriffe, p. 3S6 el suivantes.
sapin; le bouleau ne se hasarde point au delà de 2,000 mètres; mais le pin, plus hardi, escalade les rochers jusqu'à Taltitude de 2430 mètres, non loin de la cime. Au-dessus, la végétation ne se compose plus que d'espèces alpines ou polaires. Le rhododendron, dont les premières touffes s'étaient montrées à 4,320 mètres, a pour limite une élévation de 2,840 mètres. Quant au genévrier, il monte en rampant et en cachant à demi son branchage dans le sol jusqu'à la pointe terminale, haute de 2,785 mètres et couverte de neige pendant trois moi9 de Tannée.
Les étages de végétation ont été étudiés avec soin sur les pentes de plusieurs autres montagnes de l'Europe tempérée, notamment sur les flancs du Yentoux par M. Charles Martins ; mais c'est dans les Alpes surtout que les plus célèbres botanistes de notre siècle ont fait leurs recherches comparatives sur les flores des diverses altitudes* Les limites de ces flores varient, on le comprend, suivant la forme, l'exposition, la hauteur des montagnes, la nature des roches, l'humidité du sol, l'abondance des neiges, les conditions météorologiques de l'atmosphère ambiante. 11 est donc impossible de donner des chiffres précis pour l'ensemble des massifs alpins, et les moyennes obtenues par les savants n'ont qu'une valeur tout à fait générale. Sans tenir compte de la limite supérieure des cultures, qui varie singulièrement dans les hautes vallées en proportion de l'industrie, de l'intelligence, de l'état social des habitants, on peut dire que la végétation de la plaine ne dépasse guère un millier de mètres; au-dessus, les pentes où l'homme n'est pas violemment intervenu pour changer les productions du sol sont naturellement couvertes de vastes forêts. Toutefois les grands arbres diminuent graduellement en hauteur, à mesure qu'on s'élève dans une zone où l'air est plus rare et plus froid ; leur bois devient plus dur, plus noueux, et les espèces hardies qui se hasardent non loin de la région des neiges finissent par ramper sur le sol comme pour chercher un abri entre les pierres. Au nord de la Suisse, le hêtre ne dépasse point l'altitude de 1,300 mètres, et l'épicéa s'arrête à 1,800 mètres. Dans le groupe du mont Rose, la môme essence fores-
tière, qui se rapproche le plus de la zone des neiges persistantes, monte jusqu'à 3,000 mètres sur le versant septentrional, tandis que, sur le versant opposé, le mélèze, encore plus hardi, atteint sa limite supérieure à 3,270 mètres. Plus haut, on ne voit que les troncs bizarrement contournés de quelqaes pins mugho, des rhododendrons, des saules herbacés, des genévriers, puis toute végétation se fait humble et s'attache an sol pour échapper au soufQe glacial du vent et se laisser reconvrir en hiver d'une couche protectrice de neige. Jusqu'au bord des glaciers, jusqu'aux blanches surfaces des névés, croissent des plantes phanérogames; même à 3,500 mètres de hauteur, on voit des androsaces, des gentianes, des saxifrages et le charmant carnillet aux fleurs roses gracieusement blotties dans un coussin de mousse verte; au milieu de l'été, des Oocons fraîchement tombés recouvrent parfois à demi les humbles plantes : on dirait que la neige est veinée de sang. Enfin les rochers lés plus élevés sont couverts çà et là comme d'une rouille par des lichens, et souvent les neiges elles-mêmes sont nuancées en rouge, en vert, en jaune sale, par une flore de cryptogames rudimentaires.
- BUgB d« TégiUlioo lui le Sa]i(j«liiiiu
La distribution des espèces végétales s'opère d'une manière analogue sur les lianes des autres chaînes de montagnes situées au nord des Alpes, les Vosges, l'Ërzgebii^e.les Sudëtes, les Kjôlen; seulement, ainsi qu'on peut le voir sur les pentes
du Sulitjelma, qui se dresse en Norvège sous le 68' degré de latitude, la série des étages de végétalion devient de moios en moins riche à mesure qu'on avance vers le nord, à cause de la diminution graduelle de la température moyenne et de la faible altitude relative à laquelle commencent les neiges persistantes. Il est i remarquer aussi que les différentes espèces sont loin de se succéder dans le même ordre sur le versant des montagnes : les limites supérieures des plantes- présentent à cet égard les plus frappantes irrégularités et s'entre-croîsent diversement, au lieu de rester parallèles les unes aux autres, comme on pourrait s'y attendre tout d'abord. Ainsi le tremble s'élève à une moindre hauteur que le hêtre dans les Alpes bavaroises, et le contraire se produit sur les flancs du Canigou; en re-
Pig. m. — HuleuTf cDmpué» d« dlisnoi opicet lui 1« Cuigon «t duu 1« Alpai binrolHt.
vanche, sur cette même montagne, le tremble dépasse de beaucoup le noisetier, tandis qu'en Bavière il en est distancé d'environ 70 mètres. On peut essayer de rendre visibles par un diagramme ces remarquables phénomènes d'entre-croisement.
Les limites polaires des diverses espèces végétales ne se succèdent pas non plus exactement dans le même ordre que les limites supérieures des plantes congénères sur les flancs des montagnes. Ces différences dans la distribution de flores correspondantes tiennent à la multitude des causes qui empêchent ta propagation des végétaux sur une aire plus étendue. Telle plante est arrêtée d'un côté par le froid de l'hiver, de l'autre par les brouillards, la sécheresse, l'humidité ou le voisinage des neiges. Chaque région de la terre, ayant son
climat propre, offre aussi des conditions spéciales au développement de la vie. Môme sur les versants opposés d'une seule montagne, les étages de végétation présentent de remar» quables contrastes. Ainsi le pin de montagne (pinus uncinata) s'élève à près de 200 mètres plus haut sur les pentes méridicK nales du mont VentouK que sur la pente opposée; enrevanehe, le chêne vert monte à 620 mètres du côté du nord, et à 550 mètres seulement sur le versant exposé en plein au soleil do midi. On remarque aussi que chaque déclivité a sas essences particulières : au midi ce sont les oliviers, au nord les noyers et les sapins ^ Il «st rare que dans les Alpes du mont Viso et du col de Tende on n'observe pas une alternance rhythmique entre les forêts des pentes diversement exposées : les mélèzes recouvrent les escarpements tournés vers le midi, les sapins préfèrent les valions ombreux regardant le nord. Sur les monts de la zone tropicale, le contraste est plus saisissant encore, puisque du côté tourné vers les grandes pluies s'étendent des forêts impénétrables et que l'autre versant, moins abondamment arrosé, n'a que des herbes pour toute végétation. Humboldt observa ce contraste sur les flancs du Duida, qui domine la biûircation de rOrénoque,et l'on peut aussi le constater sur la plupart des montagnes de la Sierra Nevada de Santa-MarU) de même que sur les collines de l'Orégon*.
Espèces disjointes. — Déplacement des aires par suite des changements géeloigiques. — Plantes de la Grande-Bretagne. — Naturalisation. — Incessantes modiûcatioQS des flores.
Un des phénomènes les plus intéressants de la flore terrestre est la coexistence des mêmes plantes en deux régions séparées Tune de l'autre par de vastes espaces, où le transport
4. Charles Martins, du Spilzberg tm Sahara, p. 448 et suivantes. t. Robert Brown, Journal of the Geographieai Society, 4869.
des graines n'eût pas été possible si la nature n*avait employé d'autres moyens que ceux dont elle se sert dans la période actuelle. Certes il est difGcile, dans l'état présent de la science, de se rendre un compte exact de ce morcellement des aires végétales; mais on ne saurait trop l'étudier et lui donner une trop haute importance, car, aussi bien que les roches stratifiées et les fossiles, les fleurs qui s'épanouissent sur le sol racontent dans leur langage silencieux l'histoire des âges écoulés.
Gmelin, le premier et, depuis, nombre d'autres botaniste)» ont constaté que la végétation des sommets de la Suisse ne ressemble pas seulement à la flore des régions polaires par la physionomie générale de ses plantes, mais qu'elle comprend aussi des espèces parfaitement identiques à des végétaux du Spitzberg, du Groenland, de l'Amérique boréale. Sur le cône terminal du Faulhorn, M. Charles Martiiis a recueilli cent trente-deux phanérogames, dont quarante se retrouvent en Laponie et huit au Spitzberg. De même le Jardin, qui se dresse isolé au milieu du glacier de Talèfre, ressemble par sa « florale » beaucoup plus à une terre du pôle qu'à un rocher des mon^ tagnes de la zone tempérée. Dans ce petit monde à part, eur touré de glaces, dont les botanistes ont étudié avec amour jusqu'au dernier recoin, vivent cent vingt-huit espèces de plantes et seulement quatre-vingt-sept phanérogames; sur ce nombre, cinquante appartiennent aussi au Faulhorn, vingtquatre & la Laponie et cinq au Spitzberg. Les observations faites sur d'autres points élevés des Alpes, aux Grands-Mulets, au col de Saint-Tbéodule, ont donné des résultats analogues. Sur les montagnes Blanches du New-Hampshire on retrouve aussi les mêmes espèces que celles du Labrador, dont plusieurs appartiennent également à la flore alpine des Alpes et des Pyrénées. Enfin l'Atlas et les monts de TAbyssinie, le pic de Camerones, les volcans de JavaS les chaînes du Brésil, les Andes et même les escarpements rocheux de laTerre-de-Feu,ont parmi leurs espèces des plantes d'Europe. D'énormes distances de 1,000 à 10,000 kilomètres séparent ces aires disjointes des