‹ La terreChapitre 322 sur 447 · Alfred Wallace, Afalay Archipelago, vol. I · texte numérisé non relu

Alfred Wallace, Afalay Archipelago, vol. I

montagnes du sud et des plaines du nord, et Ton ne saurait admettre que des oiseaux ou les courants atmosphériques aient porté les semences de Tune à Tautre région, car la naturalisation des espèces est des plus difficiles dans les contrées froides, et la plupart de ces plantes à miiltiples patries n*ont point de baies que recherchent les oiseaux, ni de graines ailées que soulève le vent.

Les mêmes difficultés se présentent quand il s'agit d'expliquer comment un grand nombre d'espèces d'eau douce vivent dans les fleuves et les lacs privés de toute communication les uns avec les autres. Ce sont des plantes dont les lourdes semences ne peuvent être transportées par les airs et que les eaux de la mer détruisent à la longue; et cependant elles ont su pénétrer dans presque tous les bassins lacustres et fluviaux dont la température leur convient ; elles se montrent dans les tles comme dans les continents; elles croissent des deux côtés de larges mers et dans les eaux qui baignent les racines opposées de hautes chaînes de montagnes. Pour ces plantes des eaux, de même que pour celles des monts, les botanistes se demandent comment elles ont pu s'établir à la fois dans les régions froides ou tempérées des deux hémisphères» aux extrémités opposées des continents, puisque la zone torride qui sépare les aires d'habitation sur une distance de plusieurs milliers de kilomètres forme entre elles une barrière infranchissable; ainsi, même aux deux antipodes, à la Nouvelle-Zélande et dans les mers de l'Europe occidentale, Hooker a reconnu 25 espèces d'algues identiques. A cet égard, le genre sparlina offre les contrastes les plus singuliers. Une espèce, sparlina stricta, croit aux Etats-Unis et en Europe sur les rivages de l'Atlantique, et se trouve à Gayenne, à Venise, au cap de Bonne-Espérance; une autre espèce, dite aUerniflora, qui pousse également sur les côtes de l'Amérique, aux États-Unis et à Cayenne, ne se montre en France qu'en un point, à l'embouchure de l'Adour, et en Angleterre sur les seules plages de Southampton; enfin l'espèce juncea, de la Géorgie et du Massachusetts, n'apparatt dans l'ancien monde qu'à Fréjus, aux bouches de l'Argens.

Il est vrai que ces dernières plantes, vivant toujours dans les sables et les terres alluviales du bord de la mer, pourraient bien avoir été transportées par des vaisseaux, avec le lest et

les marchandises, d'une rive de l'Océan à l'autre rive, et s'être

propagées d'elles-mêmes, après avoir séjourné quelque temps dans l'eau marine. M. Godron a vu des graines de graminées germer après immersion pendant un hiver dans un étang salé. Darwin et Martens ont aussi prouvé par des expériences directes que certaines semences peuvent garder leur pouvoir de germination après avoir flotté sur la mer durant 28 et même 137 jours. Ils pensent qu'un dixième des plantes pourraient ainsi se propager spontanément le long des rivages ^ Il se peut même que Veriocaulon septangulare , herbe américaine d'eau douce, qui fleurit aussi dans l'tle écossaise de Skye et dans le district irlandais de Connemara, ait été portée du Canada par le Gulf-stream. On sait quelle est la merveilleuse vitalité de certaines semences. Robert Brown a fait germer des graines de nelumbium speciosum déposées dans un herbier depuis 150 ans. Peut-être aussi des semences diverses contenues dans les nécropoles égyptiennes auraient-elles pu, ainsi que l'affirment divers botanistes, garder leur vie latente pendant trente et quarante siècles. Enfm quelques géologues pensent que des plantes rares, germant tout à coup sur les déblais d'anciennes couches fossilifères, proviennent réellement de graines enfouies depuis toute une série de révolutions terrestres*.

Quoi qu'il en soit, pareils phénomènes n'ont lieu que pour un petit nombre de plantes, et l'on ne pourrait expliquer ainsi comment nombre d'espèces végétales, aux habitations multiples, fleurissent loin de la mer et de toute avenue commerciale, soit dans les lacs et les torrents, soit au flanc des montagnes neigeuses. On ne saurait donc imaginer, à l'égard de ces plantes, que deux alternatives : ou bien leurs germes se sont développés spontanément sur tous les points où se trouvent aujourd'hui des colonies séparées, et chaque sommet

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