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LES CHANGEMENTS DES AIRES VÉGÉTALES

celle des rivages atlantiques des États-Unis qu'à celle de la Californie et de TOrégon, en tire la conséquence que l'Asie et TAmérique formaient autrefois une seule masse continentale, puis que la partie du milieu, après avoir été graduellement submergée dans les profondeurs du Pacifique, se souleva de nouveau pour se revêtir d'une seconde flore, toute différente de la première*.

La flore des îles Britanniques est un exemple remarquable des changements qui se sont opérés pendant la période moderne dans les aires des espèces. A l'exception d'une seule plante, d'origine américaine, Yeriocaulon seplangulare^ qui se trouve dans une partie des Hébrides', toute la végétation angloirlandaise était, avant la découverte du nouveau monde, de provenance continentale. La grande majorité des espèces s'est propagée directement de la France, de la Hollande et de l'Allemagne, avant que le canal de la Manche eût été ouvert par les flots ; dans le nord, une autre flore, d'un caractère tout arctique, a dû être apportée de la Scandinavie par les montagnes de glace chargées de débris; enfin l'arbousier et une dizaine de plantes croissant dans les régions montueuses du sud-ouest de l'Irlande se retrouvent seulement sur les bords du golfe de Gascogne, en Portugal, à Madère, aux Açores, et l'on a de fortes raisons pour admettre, avec Edward Forbes, qu'elles faisaient partie de la flore d'un grand continent presque en entier disparu. Ainsi les modifications du climat et les oscillations du sol, sans compter les changements, bien plus importants encore, introduits par le travail de l'homme, ont eu pour résultat de concentrer les parties de trois flores bien distinctes dans cet espace relativement étroit des îles Britanniques. En outre, quatre-vingt-trois espèces d'origine étrangère y ont été naturalisées pendant les siècles modernes par l'intervention volontaire ou involontaire de l'homme, qui, lui aussi, est l'une des grandes forces géologiques.

Depuis la découverte du nouveau monde, les deux conti-

4. Compte rendu de la Société géographique de Russie, p. S4, 4864. 2. Voir, ci-dessus, p. 529.

nents, que la navigation rattache constamment Tun à Fautre, ont mutuellement enrichi leurs flores par la naturalisation de nouvelles espèces. Au moins 35 plantes de F Amérique da Nord se sont acclimatées en Europe, et 172 espèces européennes se sont répandues sur le sol des États-Unis. L'Amérique a donc largement gagné à cet échange. L'Europe a déversé sur le nouveau monde des populations végétales aussi bien que des populations humaines; et ces plantes colonisatrices, envahissantes comme les rudes pionniers eux-mêmes, ont en maints endroits déplacé les espèces indigènes. En moins d'un siècle, le trèfle ordinaire d'Europe a conquis, dit-on, près de la moitié du continent, de la Louisiane aux montagnes Rocheuses; de même le chardon (cynara cardmculus), importé par mégarde dans le territoire de la Plata en 1769, y recouvre maintenant d'immenses étendues, au grand détriment de l'élève du bétail. En Australie, à Van Diémen, dans la Nouvelle-Zélande, l'invasion des plantes conquérantes s'accomplit d'une manière peut-être plus rapide encore : quelques années suffisent pour changer la physionomie de la végétation dans des districts entiers. Les colons d'Europe, occupés seulement d'agriculture et de commerce, laisseraient volontiers à leur nouvelle patrie cette flore étrange dont l'aspect les étonne; mais de leurs champs et de leurs jardins s'échappent les herbes venues avec eux de la Grande- Bretagne ; elles s'élancent à la conquête de nouveaux domaines, et, plus rapides dans leur triomphe que ne le sont les Anglais eux-mêmes, refoulent incessamment devant elles les plantes aborigènes. L'antique flore, à peine modifiée depuis de lointaines époques géologiques, se transforme en moins d'un siècle pour s'accommoder aux temps actuels; on pourrait dire que ces terres, derniers représentants d'une période disparue, abandonnent les modes des anciens jours pour se parer de costumes nouveaux. Ainsi les peuples conquérants et les colons sont toujours accompagnés par des espèces végétales envahissantes comme eiix. Les Persans et les Grecs, les croisés, les Arabes, les Mongols et les Russes ont porté avec eux dans leurs grandes guerres d'invasion les plantes de leur

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