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CHAPITRE IL

Les origines de la vie. — Espèces animales. — Multitude des organismes. — La faune

des grottes. — Contrastes des terres et des mers.

Les naturalistes n'ont pas encore établi d'une manière précise, dans la multitude des organismes naissants, ce qui distingue la plante de Tanimal. Parmi les cellules qui s'agglomèrent en corps vivants et se séparent ainsi de la terre pour constituer des individus ayant leur existence distincte, que de formes douteuses, que d'espèces indécises, difficiles à classer définitivement dans l'un ou l'autre système des êtres organisés! Sont-ce des végétaux? ils croissent et se développent comme eux. Faut-il les classer parmi les animalcules? ils s'agitent et dévorent leur proie. Placés, pour ainsi dire, au seuil de la vie, à l'origine commune des innombrables générations qui naissent et meurent sur la terre, ils nous apparaissent naturellement comme les ancêtres de toutes les espèces de plus en plus développées qui se succèdent en séries parallèles jusqu'à l'arbre et jusqu'au mammifère : car c'est en eux que s'éveille, peut-être inconsciente, cette activité propre qui, dans les organismes supérieurs, se manifeste avec une si grande énergie. D'ailleurs, nous ne savons point ce que c'est que la vie dans ces ténèbres primitives où s'élaborent les germes, où la matière se dégage de la roche ou du limon pour se changer en petits mondes à part réagissant

sur le grand univers par l'ensemble harmonieux de leurs forces. C'est uniquement par la conscience de sa propre vie que rhomme peut juger de celle des autres espèces : il se place orgueilleusement à part, et cependant c'est en ramenant tout à lui-même qu'il établit la série des êtres vivants.

La foule des animaux n'est probablement pas moindre que celle des plantes. Le nombre des espèces est évalué provisoirement à 260,000 ou 280,000; mais en réalité il est inconnu, si ce n'est pour les groupes les plus élevés, et ce sont précisément ces groupes qui sont le moins riches en animaux de formes différentes. La première classe, celle des mammifères, se distingue de toutes les autres par le chiffre le moins considérable de représentants. On en compte à peine quatorze centaines à la surface entière de la planète, dans les eaux et sur la terre ferme; d'après les renseignements de M. Sélys-Lonchamp, il n'y aurait même en Europe que 121 espèces de quadrupèdes terrestres, et, dans ce total, relativement très-faible, ce sont les animaux de petite taille qui l'emportent de beaucoup par le nombre. De même, sur les 8,000 oiseaux divers connus des naturalistes, plus de 5,000 ont des dimensions qui ne dépassent pas celle du moineau. Les insectes, beaucoup plus petits en moyenne que les animaux de toutes les classes supérieures, comprennent à eux seuls plus de 150,000 espèces, soit environ les trois quarts de toute la faune déjà étudiée par les hommes de science. Et cependant, au-dessous du monde des insectes, des mollusques, des vers , des échinodermes , se meuvent en un fourmillement immense des multitudes d'animalcules qui font à la fois l'admiration et le désespoir de ceux qui cherchent à les deviner par le regard du microscope; les organes de ces êtres merveilleux échappent à notre vue ; souvent même la goutte dans laquelle ils s'agitent, et qui est leur univers, est invisible à l'œil nu, mais ils compensent leur petitesse par la variété de leurs formes. Certes l'homme peut tenter, grâce à la méthode et aux observations accumulées, de dénombrer les espèces des infiniment petits ; mais cette tâche est i peine commencée, et c'est avec difficulté qu'on la poursuit en dehors du

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