LA MULTITUDE DES ANIMAUX
monde des insectes visibles, dans ces ténèbres où la pensée du mathématicien cherchant à saisir les atomes avait seule pénétré. En tout cas, ce que Ton sait déjà permet de reconnaître, du moins du mammifère à Tinsecte, une loi de progression d'après laquelle les espèces se font de plus en plus rares à mesure qu'elles s'élèvent dans la série des êtres. En gagnant par la complication de structure, elles perdent en diversité de formes ; elles se perfectionnent et deviennent, pour ainsi dire, un résumé des espèces inférieures, mais, en même temps, elles sont de plus en plus limitées en nombre, comme si la nature avait besoin de plus de force pour les produire. Par un contraste remarquable, c'est précisément le contraire que l'on observe dans le monde des végétaux. Là, semble-t-il, le nombre des espèces et des individus augmente en proportion de leur degré de développement. Les phanérogames ont beaucoup plus de représentants que les cryptogames, les dicotylédonées sont plus nombreux que les monocotylédonées, et dans ces deux grandes divisions des plantes à floraison visible, ce sont les familles les plus élevées, les graminées et les composées, qui sont aussi les plus riches*.
Si les multitudes d'espèces qui constituent l'ensemble de la faune planétaire ne le cèdent point à celles de la flore, la foule des individus est également innombrable; elle ne saurait pas plus s'imaginer que celle des herbes et des végétaux de toute sorte qui revêtent la surface de la terre. Il est vrai que, par suite de leur indépendance relative, les animaux sont beaucoup moins visibles dans la nature; tandis que la végétation forme un tapis continu sur la terre, et que le vert des arbres ou du gazon nous apparaît comme la couleur normale de la surface du globe, les animaux, cachés sous la verdure ou dans les trous du sol, semblent être parfois complètement absents du paysage. En revanche, les végétaux, ayant besoin d'un sol nourricier qui les porte, ne s'étendent q-i'en surface, tandis que nombre d'animaux peuvent, grâce