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LES MONTAGNES DE GLACE

navire Acadia un peu au large du banc de Terre-Neuve et au centre d'un dédale d'autres monts flottants, avait de 120 à 150 mètres de hauteur et se terminait par une sorte de dôme, rappelant d'une manière étonnante celui de la cathédrale de Saint-Paul. Vingt jours après, lors de son voyage de retour, r Acadia retrouva la même montagne glacée à 110 kilomètres plus au sud. Un grand nombre d'autres édifices voyageurs ont été vus qui mesuraient des kilomètres en long et en large et dont le volume dépassait un ou même plusieurs milliards de mètres cubes. Sir John Ross a rencontré dans la baie de Baffin plusieurs blocs échoués à une profondeur de /i75 mètres. Quant aux fragments de banquises, on en a rencontré qui n'avaient pas moins de 100 et de 150 kilomètres dans tous les sens et qui devaient peser jusqu'à 18 milliards de tonnes.

La lenteur du bloc de V Acadia, avançant seulement de 5 kilomètres et demi dans la journée, prouve que les montagnes de glace ne suivent point sans résistance la marche du courant qui les entraîne : les chocs qu'elles subissent en route, leurs échouements partiels, les divers mouvements des eaux de la surface et des couches profondes qui les sollicitent parfois en sens opposés, retardent leur vitesse et souvent les changent en Ilots stationnaires en apparence. Vers la fin de 1855, une rencontre inattendue permit de constater d'une manière exacte quelle avait été la marche d'une montagne de glace durant plus d'une année. Un baleinier américain, naviguant dans le détroit de Davis, aperçut une masse noire au milieu d'un groupe d'aiguilles flottantes : cette masse était le navire ResoluLCy que le gouvernement britannique avait envoyé à la recherche de Franklin, et que son équipage, aventuré dans un chaos de glaces, avait abandonné pour continuer sa route en traîneau. Lorsqu'on retrouva le bâtiment, il était déjà depuis seize mois retenu dans sa prison mobile, et pendant ce long temps il n'avait dérivé que de 1,/iOO kilomètres. Ainsi l'épave n'avait point dépassé dans sa marche vers l'Atlantique la vitesse de 120 mètres à l'heure : c'est là un progrès à peine sensible au regard. Le navire de Mac-Glintock, qui fut entraîné de la même manière vers l'Océan, mais sans avoir été aban-

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