LA FAUNE DES AIRS ET DES GROTTES
grand nombre de représentants. Non-seulement ces espaces souterrains servent de lieu de refuge à divers oiseaux et de tanières à plusieurs espèces de bêtes de proie, renards, blaireaux, hyènes, qui viennent y porter le produit de leur chasse, comme le faisaient jadis nos ancêtres les troglodytes, ils sont habités aussi par diverses familles d'animaux qui ne sortent de la profondeur des grottes que par exception ou par suite d'accidents. Dans le nombre se trouve au moins un mammifère, espèce de chauve-souris (miniopterus Schi^eibersii) qu'on a découverte dans les cavernes de l'Istrie, des Apennins, des montagnes d'Alger. Les lacs et ruisseaux souterrains de l'Europe centrale oflFrent également plusieurs variétés d'un étrange reptile, Vhypochthon ou protée, dont les yeux, inutiles dans ces ténèbres, sont presque complètement atrophiés. Les insectes sont la classe la mieux représentée dans ces régions souterraines ; mais aucun d'entre eux n'offre les vives couleurs que la lumière du soleil a données à la plupart de leurs congénères ; tous ont une robe terne se confondant avec les sombres nuances du rocher. Parmi ces insectes, les plus curieux sont une espèce de mouche (phora maculata)^ qui ne se sert jamais de ses ailes, et divers coléoptères (anophthalmus) , chez lesquels les yeux manquent complètement; puis viennent des arachnides, des centipèdes, des crustacés, des mollusques. M. Schiner, qui a fait une étude spéciale de la faune des grottes, énumère vingt-trois espèces d'animaux habitant les seules cavet-nes des environs de Trieste; mais ce n'est là, sans aucun doute, qu'une très-faible proportion des tribus souterraines qui vivent dans les cavernes du monde entier. On dit que les grottes du Kentucky renferment aussi des écrevisses aveugles, des rats blanchâtres d'une très-forte taille, des lézards tristement égarés dans ce monde de ténèbres, enfin des espèces de grillons jaunes qui se traînent comme des crapauds en se dirigeant au moyen d'énormes antennes.
La faune océanique.
Les poètes d'autrefois se plaisaient^ d'après Homère, à donner à la mer Tépithète « d'infertile, » et cependant rien n'égale son exubérante fécondité. Bien plus que la terre, dont la superflcie seule est richement peuplée, l'Océan est le domaine de la vie ; non-seulement les nappes supérieures, mais aussi les couches profondes sont remplies d'organismes de toute espèce ; en certains parages, les myriades et les myriades d'êtres se pressent en si prodigieuses multitudes» que les eani elles-mêmes en sont, pour ainsi dire, devenues vivantes. Peutêtre est-il aussi dans les vastes étendues liquides quelques déserts presque complètement privés de faune et déflore^; mais ce seraient là des exceptions, et, dans la plupart des régions de la mer, chaque goutte d'eau est un monde par la multitude des êtres qui l'habitent. Pris dans son ensemble, l'Océan peut même être considéré comme le milieu vital par excellence. C'est dans les eaux, pullulant d'animalcules, que les assises continentales se sont graduellement formées par le dépôt de restes organiques, et que de nouvelles générations, sans cesse à l'œuvre, jettent les fondements de continents futurs. C'est aussi dans la mer, nous disent les paléontologistes, qu'auraient pris naissance les espèces primitives desquelles sont descendues toutes les formes actuelles, océaniques et terrestres. Le grand bassin des mers est le berceau de la vie. « L'eau est le commencement de toutes choses, » avait déjà dit Thaïes de Milet, il y a 2500 ans'.
Depuis longtemps, Humboldt a fait remarquer que rOcéaa est, par contraste avec les terres émergées, le principal milieu