‹ La terreChapitre 340 sur 447 · Voir, ci-de93us, p · texte numérisé non relu

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période d'activité journalière nettement limitée, soit par le coucher, soit par le lever du soleil, ou par les diverses positions de Tastre sur la rondeur céleste. Parmi les insectes surtout, le réveil de chaque espèce de jour, de nuit ou de crépuscule s'accomplit avec une singulière régularité. Les moustiques de certaines régions tropicales se succèdent dans Tair à une heure fixe, bien connue par les indigènes, et ceux-ci pourraient, en emprisonnant les insectes qui les persécutent, arriver à mesurer le temps non moins facilement que par cette ingénieuse « horloge de Flore », où chaque heure est marquée par Tépanouissement d'une corolle.

Tous les animaux, qu'ils habitent la mer ou les continents, ont également besoin d'air pour vivre; mais, suivant les espèces, cet air doit être plus ou moins pur, plus ou moins chargé d'humidité. Un grand nombre d'oiseaux, habitués à planer dans l'espace, périssent rapidement au milieu d'une atmosphère corrompue, et leurs œufs mêmes ne peuvent y germer; les vers intestinaux, au contraire, et les innombrables espèces animales qui se nourrissent de matières en décomposition, et font ainsi l'office de nettoyeurs dans la nature, s'accommodent fort bien d'un air mélangé de gaz impurs. Enfin les poissons et autres animaux aquatiques, à l'exception des cétacés et des oiseaux nageurs, respirent directement l'oxygène en dissolution dans l'eau. Quant à l'humidité, elle est également indispensable à la vie; mais tandis que certaines espèces se développent au bord des marais ou des fleuves, dans une atmosphère chargée de vapeur, il en est d'autres, notamment de nombreuses tribus de lézards, qui se plaisent sur

la roche ou l'argile des contrées privées de pluie. Aux Etats- Unis, la faune des déserts de l'ouest se compose de reptiles.

La composition chimique des eaux est décisive pour les organismes qui s'y meuvent, et la faune varie beaucoup dans les lacs, les fleuves et les mers, suivant leur teneur en sels et en autres substances : c'est ainsi que la Baltique, dont la salure est à l'entrée celle de l'Océan lui*méme, et qui, dans ses golfes supérieurs, renferme de l'eau presque complètement douce, offre des deux côtés deux faunes bien distinctes, se modifiant

par transiUons graduelles vers la partie centrale. Qaant à la nature minéral ogique du sol, elle a probablement sur la Yie animale une influence assez minime, et les modifications que présentent les faunes sur les divers terrains doivent être attribuées principalement à la différence des plantes qui servent de nourriture aux animaux. Ainsi quelques coquillages terrestres se montrent presque exclusivement sur les formations calcaires, parce qu'ils ne trouveraient point dans la végétation des autres contrées les substances nécessaires à la construction de leurs étuis. Les conditions physiques du sol ont aussi une très-grande importance pour les espèces qui se creusent des cachettes ou des allées souterraines : la taupe ne saurait tracer ses merveilleux labyrinthes dans une terre sablonneuse qui s'écroulerait derrière elle; le fourmi-lion, qui guette sa proie dans une fosse circulaire au pied des talus de sable mobile, périrait de faim s'il s'aventurait sur un sol argileux. Chose étrange : la couleur même du milieu dans lequel les espèces passent leur existence semble s'être imposée à beaucoup d'animaux par une sorte d'harmonie secrète. Tel colibri, qui se précipite avec volupté dans la fleur épanouie, brille lui-même comme une fleur; nombre de poissons qui vivent dans les rivières à fond sablonneux sembleraient n'être que des couches minces de sable pailleté ; à côté de telle marUis brune de l'Afrique méridionale, qui vit seulement sur un sol de couleur foncée, une autre, tout à fait blanche, ne se montre que sur les éclatantes roches calcaires ; le ptarmigan d'Ecosse est blanc comme la neige en hiver, et l'été, il se revêt de plumes dont la nuance d'un gris de perle se marie avec les teintes délicates des lichens et des bruyères. Les feuilles vertes de nos forêts ont pour habitants la reinette et d'autres espèces qui se confondent avec la verdure, tandis qu'un papillon, feuille morte lui-même, se joue dans l'air parmi les feuilles mortes qu'éparpille le vent ; un orthoptère semble même s'être déguisé sous la forme d'une branchille de hêtre brisée; c'est, diraiton, un de ces innombrables débris que la tempête fait tomber de l'arbre. Sur le fleuve des Amazones, Tair s'emplit, en certaines saisons, d'une espèce de papillons blancs, volant par

myriades comme les flocons de neige pendant une tourmente ; mais parmi ces papillons se mêlent aussitôt des individus d'espèces ordinairement distinctes par la couleur et que M. Bâtes croit s'être déguisées en blanc pour se perdre dans l'immense foulée Dans la Malaisie, il en est qui pour mieux ressembler à des feuilles ont sur les ailes comme des brins de mousse ^ Ce remarquable phénomène d'assimilation qui constitue le seul moyen de défense de l'oiseau -mouche, du faible insecte, du parasite impuissant, comment peut-on chercher à l'expliquer si ce n'est par l'hypothèse de la « sélection naturelle, » que Darwin a récemment exposée avec tant de lucidité? Dans l'incessante bataille de la vie, datant de l'origine même des espèces, tous les individus qui ne peuvent se défendre par la force, la ruse, Todeur ou le venin, périssent inévitablement; ceux-là seuls ont chance d'échapper qui, par leur forme et leur couleur, ne se distinguent pas du milieu environnant. Ce sont eux qui, par la disparition graduelle des individus visibles aux animaux de proie, perpétuent la race, et, dans la succession des progénitures, ce sont encore les variétés les plus ressemblantes au sol ou aux plantes nourricières qui sauvent l'espèce de la destruction : ainsi, de génération en génération, les anomalies ne cessent de se préciser, et prennent à la longue un caractère permanent.

Nourriture des espèces animales. — Contraste des faunes. — Aires d'habitation. — — Changements dans la surface des aires. — Naissance et disparition des espèces.

De toutes les circonstances de milieu, celle qui influe le plus sur les espèces, on le comprend sans peine, c'est leur nourriture. Dans la mer, où la flore est relativement pauvre,

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