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comme la Grande-Bretagne et Tlrlande, et toutes les espèces que le changement du climat ou des conditions physiques du sol aura fait périr disparaîtront sans être remplacées par des espèces nouvelles venues du continent*.

Du reste, pour résoudre cette importante question de la distribution des espèces animales, il est nécessaire que le naturaliste se reporte à ces âges antérieurs de la terre pendant lesquels les continents étaient autrement disposés qu'ils ne le sont de nos jours. Ainsi les singes du rocher de Gibraltar témoignent de l'ancienne continuité des côtes entre l'Espagne et la Barbarie, si toutefois ils n'ont pas été importés par des officiers anglais, comme l'affirment certains zoologistes. Ailleurs, par suite du changement des formes continentales, les espèces d'autrefois contrastent bizarrement avec les espèces actuelles : un simple détroit sépare deux faunes nées à des milliers et peut-être à des millions de siècles d'intervalle. C'est ainsi qu'à côté de la grande île Maurice, où manquent complètement les ophidiens, s'élève dans la mer une butte volcanique isolée, l'île Ronde, où l'on a découvert six espèces de serpents, deux lézards, un scorpion, des araignées et d'autres animaux inconnus ailleurs ^ Pareil contraste, mais sur une échelle bien autrement grande, est observé entre l'archipel de la Sonde et le groupe des îles Australiennes. De l'Ile de Bali à celle de Lombok, que sépare un détroit de 2/i. kilomètres à peine, franchi en deux heures par les barques des Malais, l'opposition des faunes est aussi complète qu'entre l'Europe et l'Amérique : d'un côté, vivent des espèces toutes modernes, comme si les anciens types s'étaient graduellement renouvelés par le voisinage du vaste et tumultueux continent d'Asie; de l'autre, les animaux se sont maintenus sans changement dans leur physionomie pendant les derniers âges géologiques. En Australie, on ne voit ni chat, ni loup, ni ours, ni hyène, ni cerf, ni brebis, ni bœuf, ni éléphant, ni cheval, ni écureuil, ni lapin, ni aucune de ces espèces de quadrupèdes que l'on rencontre

4. Oscar Peschel, Neue Problème der vergleichenden Erdkunde, p. 34, 52. 2. Barkiy, Athenœamj 42 mars 1870.

dans toutes les parties du monde; en revanche, que de « fossiles vivants, » d'animaux de formes antiques et qui nous semblent bizarres ! Sur 131 espèces de quadrupèdes australiens, il n'en est pas moins de 102 appartenant à cette ancienne tribu des marsupiaux qui n'a plus, dans le reste du monde, qu'un seul représentant. La faune australienne ressemble toujours à celle qui occupait autrefois les mers et les rivages de l'Europe pendant la période jurassique; il faut remonter jusqu'à cette époque le cours des âges pour retrouver des animaux qui rappellent ceux de la Nouvelle-Hollande * .

Quelle que soit l'énorme part revenant aux conditions antérieures du globe dans la distribution actuelle des espèces animales, il est certain qu'il y a de nos jours une remarquable harmonie entre la configuration des continents et des mers et la foule des êtres vivants qui les habitent. Chaque espace terrestre ou maritime nettement limité par quelque grand trait géographique, tel que détroit, isthme, chaîne de montagnes ou plateau, chaque pays bien distinct des contrées limitrophes par la nature du sol et surtout par le climat, possède aussi sa faune particulière, n'ayant en commun avec celle des autres régions qu'un nombre relativement minime de représentants. Les plaines françaises qui s'étendent au nord des Pyrénées et les vallées espagnoles tributaires de l'Èbre contrastent d'une manière frappante, aussi bien par certaines espèces animales que par leur végétation et l'aspect général de toute la nature. De même la différence est grande, pour les organismes vivants comme pour le sol, sur les deux versants des Alpes : en France, dans les bassins pierreux et désolés du Drac, de la Durance, du Verdon j çn Italie, sur les bords si fertiles de la Stura, du Pê, de la Doire. Un isthme étroit, séparant deux mers, sépare en même temps deux mondes d'espèces différentes. C'est ainsi que, sur cent vingt zoophytes, la Méditerranée en a deux seulement de communs avec la mer Rouge, et cependant la faible barrière sablonneuse de Suez est de formation relativement

i. Alfred Wallace, Malay Archipelago. — Voir, dans le premier volume, le chapitre intitulé les Premiers Ages.

récente dans l'immense série des âges géologiques. Les isthmes si minces de l'Amérique centrale qui se reploient entre le Pacifique et l'Atlantique sont pour les faunes des obstacles infranchissables, et les eaux que sépare cette distance de quelques kilomètres sont habitées par des espèces complètement différentes : à peine, nous dit Darwin, existe-t-il un seul poisson, un seul mollusque, un seul cétacé qui se retrouve à la fois dans les deux océans. Même le courant du fleuve des Amazones sert de limite à des multitudes d'espèces; il est des oiseaux qui ne se hasardent jamais à traverser cette mer en mouvement et dont Taire d'habitation est rigoureusement bornée, soit par la rive droite, soit par la rive gauche.

Par suite de l'innombrable diversité des conditions actuelles du climat, du sol, de la nourriture, par suite aussi de la multitude infinie des causes qui, dans les âges antérieurs, peuvent avoir favorisé ou contrarié le développement des espèces engagées dans la bataille de la vie, les aires d'habitation des animaux ont une étendue des plus inégales. Il est des cétacés, des oiseaux nageurs et des échinodermes qui vivent dans toutes les mers, des moucherons qui tourbillonnent en nuées sur les marécages de tous les continents ; en revanche, certaines espèces se trouvent seulement dans une région trèspeu étendue : quelques reptiles sont propres à un seul district des montagnes Rocheuses ou du plateau d'Utah ; tel colibri n'a été découvert que dans une seule vallée des Andes; chaque haut volcan de l'Equateur, le Pichincha, le Ghimborazo, le Carahuirazo, est, comme l'Ile dans l'Océan, un monde à part ayant sa faune spéciale*. Dans l'immense fleuve des Amazones, trois espèces d'un poisson appelé arias se trouvent seulement à l'ouest de l'Ile Marajo, dans un espace de deux lieues à peine, à l'endroit où s'opère" le mélange des boues soulevées par le conflit de la mer et du fleuve \

En outre, les surfaces si «différentes que présentent de nos jours les aires d'habitation changent incessamment pendant le

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