Schmarda, GeograpfUsches Jahrbuchvon Behmj
génération spontanée, soit par la formation de variétés qui deviennent de plus en plus stables et présentent enfin tous les caractères de l'espèce- Gomment expliquer autrement l'existence de la grenouille spéciale aux îles Fidji {platymanlis vitianà) et cette remarquable faune décrite par Darwin, qui appartient en propre aux îles Gallapagos et ne se retrouve ni dans les archipels de la mer du Sud ni sur le continent le plus rapproché ?
Grandes faunes terrestres. — Zones homoïozoïques.
Tout district se distinguant de ceux qui l'entourent par un certain nombre de formes animales a par cela même une faune particulière; mais d'ordinaire les naturalistes comprennent ce mot de faune dans un sens plus général et l'appliquent à un ensemble d'espèces habitant une vaste région géographique, en dehors de laquelle la grande majorité des formes a complètement changé. Du reste, ainsi qu'on peut s'y attendre, les savants sont loin d'être d'accord sur les limites de ces régions, car ces frontières n'ont point d'existence réelle et, dans la multitude des êtres vivants dont les aires d'habitation se mêlent et s'entre- croisent, il en est beaucoup qui appartiennent à la fois à plusieurs domaines. Schmarda, l'un des zoologistes classificateurs les plus autorisés, compte 21 grandes faunes terrestres, en y comprenant celles de Madagascar, de l'archipel de la Sonde et des îles de rOcéanie. Agassiz énumère seulement 8 faunes principales : l'arctique, la mongole, l'européenne, l'américaine, l'africaine, l'hottentote, la malaise et l'australienne. Ces diverses provinces zoologiques, dont chacune ne possède en commun avec les provinces voisines qu'un petit nombre d'es-
pèces, ont cependant de grands points de ressemblance les unes avec les autres, grâce à la multitude de leurs animaux qui se rapprochent par la conformation et remplissent des fonctions analogues dans l'ensemble de la nature : ces espèces, qui prennent dans la faune d'un continent la place occupée sur une terre différente par d'autres formes animales, sont connues sous le nom scientifique d'équivalents. Ainsi les chameaux de l'ancien monde sont remplacés dans rAmérique du Nord par les Hamas et les vigognes ; les chevaux de TAsie ont les zèbres pour parents dans l'Afrique méridionale, les autruches du Sahara sont représentées en Australie par les émus, et dans les pampas argentines par les rhéas. Sous ce rapport, le monde animal offre les mêmes harmonies que le monde végétal.
La plus grande analogie entre les deux séries organiques se retrouve aussi dans leur ordre de répartition sur la rondeur du globe. Toutes les régions circumpolaires de Thémisphère boréal en Amérique, en Europe, en Asie, sont habitées d'espèces identiques ou, du moins, offrant entre elles un grand air de famille : une même flore, une même faune occupent les extrémités convergentes des continents; mais vers le sud, à mesure que les lignes de latitude agrandissent leurs cercles, et que l'ancien et le nouveau monde s'éloignent l'un de l'autre, l'ensemble des êtres vivants qui les peuplent, animaux et plantes, diffère de plus en plus. Le nombre des organismes communs aux terres séparées par l'Atlantique et par le Pacifique diminue graduellement, et dans les régions tropicales le contraste finit par devenir complet. En même temps, espèces animales et végétales deviennent de plus en plus nombreuses dans la direction du pôle à l'équateur. Au Spitzberg, M. Charles Martins a trouvé seulement i mammifères terrestres ; 22 espèces d'oiseaux, qui sont toutes de passage, à l'exception d'une seule, volent au-dessus des montagnes de cet archipel, et 10 sortes de poissons en habitent les côtes ; les animaux des ordres inférieurs appartiennent également à un très-petit nombre de formes : on n'y a découvert que 23 insectes et 15 mollusques. Au sud de ces régions