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LES FAUNES TERRESTRES

boréales, la quantité des espèces, des genres, des familles, est décuplée ou même centuplée, et dans les contrées équatoriales, où la végétation a toute sa fougue et toute sa richesse, la faune montre aussi une merveilleuse variété d'organismes et ses types les plus beaux de couleur et d'éclat* Un seul naturaliste. Bâtes, a rapporté, après une séjour de onze années sur les bords de TAmazone, un trésor zoologique de 14,712 animaux divers, dont 8,000 non encore décrits; et combien en reste-t-il encore à découvrir, surtout parmi les insectes et les vermisseaux! Wallace, pendant six années de courses dans TÂrchipel malais, a recueilli 125,000 échantillons, plus de 8,000 espèces de papillons et d'insectes. D'après Agassiz, le fleuve des Amazones possède à lui seul de 1,800 à 2,000 espèces de poissons, deux fois plus que la Méditerranée et plus que l'immense bassin de l'océan Atlantique. Et pourtant ce grand cours d'eau offre de Tabatinga à Macapa la même température, les mêmes conditions physiques et coule sous la même latitude. Le lac de Hyanuary, près de Manaos, qui n'a pas plus de 500 mètres carrés de surface (?) , possède à loi seul plus de 200 espèces de poissons ; tous les lacs et les fleuves de l'Europe réunis n'en renferment pas autant.

11 est vrai que, si les terres les plus rapprochées des pôles sont pauvres en espèces, ces espèces elles-mêmes ont, pour la plupart, des représentants en nombre immense. Quelques Ilots des Lofoden sont tellement peuplés de volatiles qu'on leur a donné le nom de Nyker, ou « montagnes d'oiseaux. » De même, sur les promontoires et dans les fjords des Hébrides, des Shettland, des Ferôer, de la Norvège, du Spitzberg, de la Nouvelle-Zemble, les assises des rochers sont occupées à perte de vue par des rangées d'oiseaux, pressés comme les soldats d'une armée. Quand ces foules de volatiles s'élancent contre le vent de mer pour aller chercher leur proie, ou tourbillonnent au-dessus des chasseurs, elles s'élèvent en nuages, et Thomme, ivre de destruction, n'a qu'à tirer au hasard pour abattre ses victimes, à moins qu'armé d'un bâton il ne préfère assommer les femelles, qui, tout en glapissant avec rage, restent noblement accroupies sur leur couvée.

Les faunes océaniques doivent nécessairement offrir dans leur distribution une plus grande régularité que les faunes terrestres, car les conditions physiques du milieu sont beaucoup plus égales dans la masse des eaux qu'à la surface des continents : la mer n'est point, comme la terre, hérissée d'obstacles qui arrêtent les animaux et modifient de diverses manières la configuration de leur domaine. Aussi les limites de chaque grande faune maritime sont-elles précisément celles du bassin où cette faune s'est développée : à Test et à l'ouest, ce sont les rivages des continents; au nord et au sud, ce sont les diff^érénts climats qui arrêtent les espèces et leur font succéder d'autres formes animales.

Edward Forbes, le premier, a tenté de dresser une carte de la répartition des organismes vivant dans les mers, et depuis, les résultats généraux qu'il indiquait ont été confirmés en grande partie par les divers savants qui l'ont suivi dans cette voie. Chaque région ou province maritime est caractérisée par des espèces qui peuvent servir de représentants à tous les autres organismes de la province, et qui atteignent dans ces parages leur plus grand développement. Des deux côtés de la zone centrale où la faune propre à la province se montre dans toute sa richesse, les espèces vont en diminuant par degrés vers les autres régions, et disparaissent enfin, étouffées par les espèces dominantes qui, dans cette partie des eaux, constituent la foule de la population marine. Forbes compare le domaine de chacune de ces faunes à une nébuleuse dont les points lumineux, réunis au centre en amas brillants, deviennent de moins en moins nombreux vers la circonférence, et, sur le pourtour, ne constituent plus que des traînées éparses. D'ailleurs, les faunes de l'Océan, sortes de nébuleuses zoologiques, ne diffèrent point sous ce rapport des faunes continentales ; seulement, grâce aux facilités de voyage qu'offre la mer aux animaux nageurs, les provinces maritimes où prédomine telle ou telle espèce sont d'une étendue plus vaste que les régions analogues de la terre ferme. En général, les mêmes animaux marins habitent les parages situés sous une même latitude : on voit un remar-

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quable exemple de ce fait dans la Méditerranée, où les êtres organisés changent à peine des eaux de Gibraltar à celles d'Alexandrie. Quant aux limites de ces régions communes aux mêmes groupes, il est rare qu'elles soient nettement tranchées, si ce n'est au contact de deux températures différentes. Le passage d'une province à l'autre s'accomplit d'ordinaire sans transition soudaine, car la vie se développe sous l'influence des climats, et ces climats eux-mêmes cherchent sans cesse à s'équilibrer dans l'Océan par l'action des courants, des marées, des vents et des tempêtes. Du reste, il faut nécessairement tenir compte de toutes les conditions qui peuvent modifier les contours généraux de chaque domaine géologique : la forme du littoral, la nature du fond, la vitesse des courants, la hauteur des marées, la salure des masses liquides ^

Ces diverses provinces sont les grandes régions que Forbes a désignées sous le nom de zones homoïozoïques (zones de « vie semblable »). Elles entourent la terre comme les zones de climat auxquelles elles correspondent, et l'on peut dire d'une manière générale que les lignes isothermes leur servent de limites ; c'est avec ces lignes idéales qu'elles se déplacent, tantôt remontant vers le nord, tantôt s' infléchissant de nouveau vers le midi.

La grande zone médiane est celle de l'équateur et des tropiques, dont la partie la plus importante embrasse tout l'océan des Indes et la bande centrale du Pacifique, depuis les côtes de l'Australie, de Bornéo et du Japon jusqu'à celles du Mexique et de la Colombie. C'est là, du moins en général, que les animaux marins offrent les couleurs les plus brillantes et les dessins les plus variés. C'est aussi là que les eaux pullulent du plus grand nombre d'organismes, et que coraux et madrépores construisent leurs îles circulaires, parsemées des côtes de l'Asie jusqu'au milieu de la mer du Sud. Entre l'Afrique et l'Amérique équatoriale, cette zone homoïozoïque se continue malgré l'interposition de deux continents; sur les côtes de la Floride, des Bermudes, des Antilles, des Guyanes et du Brésil,

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