LES FAUNES ÉTAGÉES
plaines de leur base, situées à peine à quelques milliers de mètres de distance*. Toutefois les orages, les coups de vent, les trombes, mêlent souvent les faunes naturellement étagées les unes au-dessus des autres, et quand on parcourt les neiges des sommets, il est rare qu'on ne voie pas la grande surface blanche parsemée de restes d'insectes apportés des vallées par les courants de l'atmosphère. Parfois même des papillons égarés volent au hasard dans ces mornes solitudes, où le froid de la nuit les fera certainement périr, si quelque vent propice ne les ramène bientôt vers les prairies natales. Quant aux oiseaux, nombre d'entre eux s'élèvent librement jusque vers les plus hautes cimes. M. Jules Remy a vu des multitudes d'oiseauxmouches voltiger bruyamment autour du cratère du Pichincha, et, bien au-dessus de sa tête, le voyageur qui gravit les plus fiers sommets des Andes aperçoit le grand condor planant majestueusement dans le bleu du ciel.
De même que, sur les terres émergées, la plupart des animaux habitent les campagnes peu élevées au-dessus du niveau de l'Océan, de même l'immense majorité des êtres qui peuplent les mers, infusoires, annélides, crustacés, poissons et autres animaux, vivent dans les couches liquides de la surface et dans le voisinage des côtes. Il doit en être ainsi, car c'est le long des rivages que se trouvent les écueils où s'incrustent les coquilles, les grottes et les anfractuosités où se réfugient les poissons, les forêts d*algues qui servent à la fois de retraite et de nourriture à des multitudes d'organismes; c'est là que les fleuves apportent tous les débris végétaux et animaux des continents qui alimentent les peuples de la mer. Au large, toute épave, toute prairie d'algues flottantes est aussi un centre de rassemblement autour duquel s'agite un monde ; même loin des côtes et des bas-fonds, la vie, peu intense en comparaison de celle du littoral, est néanmoins prodigieusement active dans les couches supérieures, car c'est à la surface que se propagent les vagues, dont le mouvement est nécessaire aux organismes de la mer comme le souffle des vents l'est à la vie