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LES FAUNES SUPERPOSÉES DE LA MER

breuses espèces; mais déjà les plantes y sont rares. La quatrième zone des mers européennes, qui, d'après Edward Forbes, n'aurait qu'une épaisseur de 200 à 600 mètres, et au-dessous de laquelle s'étendrait l'immense solitude des mers inhabitées, est sans aucun doute moins richement peuplée que les couches liquides supérieures où pénètre encore la lumière du soleil , et les mollusques, les crustacés, les annélîdes qui s'y trouvent sont pour la plupart revêtus de couleurs sombres ; mais ce n'est point là que se trouvent les bornes de la vie.

Il est désormais incontestable que les animaux marins vivent à une beaucoup plus grande profondeur que les naturalistes ne l'admettaient encore à une époque très-récente, et même il n'est pas, au fond de l'Océan, de limites connues à l'existence des espèces. Bien que les sondages opérés en pleine mer à de grandes profondeurs fussent encore relativement très-peu nombreux, et que, le plus souvent, le plomb de sonde n'eût rapporté aucun échantillon des sables ou des vases du fond, cependant la plupart des savants affirmaient d'avance, et en s'appuyant seulement sur ces témoignages négatifs, que les abîmes de la mer étaient des espaces « azoïques » ou « abiotiques, » c'est-à-dire absolument dépourvus d'organismes vivants. Même lorsque déjà divers navigateurs avaient obtenu des preuves du contraire, des savants considérables, tels qu'Edward Forbes, Goodwin Austen, Agassiz, de la Bêche, croyaient qu'au-dessous d'une profondeur, fixée par les uns à 300 mètres, par les autres à 600 mètres, toute vie animale ou végétale était impossible. La pression de l'eau étant égale à celle de toute une colonne atmosphérique pour chaque profondeur de iO à di mètres, on pensait que les conditions générales du milieu se trouveraient assez changées au fond de rOcéan pour prévenir d'une manière absolue le développement de tout organisme dans les eaux profondes. D'avance on affirmait que des êtres vivants ne pourraient vivre sous une pression de plusieurs centaines ou même d'un millier d'atmosphères. Suivant une hypothèse qui n'est pas non plus d'accord avec les faits, ni plantes ni insectes ne sauraient exister sur

les plus hautes montagnes ; de même, par une sorte de polarité, les profondeurs des océans n'auraient été qu'une solitude immense. Le plus hardi parmi les animaux marins aurait été le beau corail des côtes de Norvège, le lophelia proliféra, dont les ramures roses s'attachent aux rochers jusqu'à 600 mètres de la surface.

Et cependant, dès l'année 1818, les résultats de plusieurs sondages avaient donné un démenti à l'opinion que professaient la plupart des naturalistes. Dans la baie de Baffin, John Ross avait ramené du fond de petits crustacés, des annélides, des échinodermes, et dans les parages où vivaient ces animaui, la profondeur accusée par la sonde variait de 200 à 1,890 mètres. De l'autre côté de la Terre, dans les mers antarctiques, James Ross découvrit, en 18!il, des crustacés vivants à une profondeur de 720 mètres; mais ce nouveau témoignage constatant l'existence d'organismes dans les abîmes océaniques fut écarté comme les autres* Plus tard, les sondages opérés d'Irlande à Terre-Neuve, sur le « plateau télégraphique, » ramenèrent à la surface un grand nombre de petits organismes, foraminifères, polycistines et diatomées. Bien plus, la sonde découvrit 116 espèces diverses de ces animalcules, prises à une profondeur de 6,600 mètres entre les Philippines et les Mariannes.

Enfin, dans le voyage d'exploration entrepris en 1860 à travers l'Atlantique du Nord par Mac Clintock, le docteur Wallich résolut définitivement la question par des preuves incontestables. Au sud -est de l'Islande, la drague détacha d'un rocher, situé à 1,228 mètres de profondeur, un fragment de serpule dont la chair était encore fraîche, et de petits coquillages vivants. Un autre sondage ramena d'une profondeur de 2,268 mètres, c'est-à-dire d'une région où le poids des couches liquides dépasse 200 atmosphères, plusieurs petits coquillages et treize étoiles de mer, dont Tune n'avait pas moins de 12 centimètres de large; ces animaux ayant des restes de foraminifères dans leurs cavités digestives arrivèrent vivants à la surface de l'eau, et pendant un quart d'heure ils ne cessèrent d'agiter leurs longs bras couverts

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