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LES MONTAGNES DE GLACE

opposé : ce ne sont pas des aiguilles et des ddmes aux contours bizarres, mais plutôt des sortes de murs se dressant comme des falaises à 50 et 60 mètres d'élévation ; du reste ces masses flottantes sont peut-être en moyenne de dimensions encore plus considérables que les fragments tombés des glaciers arctiques. Cette forme des montagnes flottantes des mers australes doit être sans doute attribuée à la rigueur du froid qui

Pig. 15 tl 16. — MoaUgDU de gUc« ds l'océan AnUKliqus ; d'après Wilku.

règne dans la zone polaire du sud, et qui pousse les neiges et tes glaciers des terres antarctiques plus avant dans la haute mer. Déjà par le 50* degré de latitude méridionale, les navires rencontrent des banquises d'une puissance égale à celles qui, de l'autre côté de la terre, se trouvent seulement au delà da cercle polaire. Dans l'hémisphère boréal, les fleuves du Groenland et du Spitzberg ne sont pas alimentés par une quantité de neiges assez grande pour qu'ils puissent sortir complètement des baies dans lesquelles ils débouchent et s'avancer jusque dans la grande mer; encore retenus dans leur cours par les falaises latérales, les promontoires et les Ilots de rochers, ils prennent par suite de tous ces obstacles une forme beaucoup

plus irrégulîère qoe s'ils pénétraient dans le libre Océan, comme les glaciers du pdie anstral. Ceux-ci débordent au loin, en dehors des golfes, au delà des caps eux-mêmes, et »eulenaent de distance en distance, ils s'appuient sur la solide ossature du continent. Au large de ce mur flottent d'innombrables Iles, à travers lesquelles les navires peuvent difficilement trouver leur chemin : ainsi pendant le voyage d'exploration de Wilkes, le Peacock eut à louvoyer longtemps dans un dédale de blocs qui menaçaient de l'écraser.

La débftcle des glaces antarctiques s'accomplit au prin-

temps et en été, comme celle des glaces boréales, et par conséquent six mois plus tard, à cause de l'opposition des saisons dans les deux moitiés du monde. Les glaçons épars que l'on rencontre durant l'hiver ne sont que de simples fragments détachés des banquises. Les navires qui traversent ces parages

LES GLACES DE L'OCÉAN ET DES MERS FERMÉES. 55 de rOcéaa au sud des continents rencontrent en déceoibre, au fort de l'été, de trente à quarante fois plus de glaces qu'eu juillet, époque la plus froide. Quant ii la multitude des masses flottantes, elle n'est point la même dans toutes les mers antarctiques. Au sud de l'Australie et de la Nouvelle-Zélande, sur un espace égal au tiers de la circonférence terrestre, les montagnes de glace et les banquises sont relalivement rares ; au sud du cap Hom elles se rencontrent plus fréquemment, mais on n'en voit jamais entre cette pointe méridionale de l'Amérique et les lies Falkland ; elles dévient toutes vers le nord-est, poussées par le grand courant polaire. C'est au sud du continent africain que les glaces se portent en plus grand nombre et se rapprochent le plus de l'équateur : on en a même aperçu de la ville du Cap, à &k degrés de latitude. Ainsi les fragments des glaciers antarctiques sont charriés à /iOO kilomètres plus avant que les glaces boréales dans la direction de la zone torride.

Dans les mers intérieures exposées à des froids rigoureux, la congélation de l'eau se produit de la même manière que

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dans l'Océan : les phénomènes ne diffèrent que par la proportion. Ainsi les glaces de la Baltique sont loin d'offrir un spectacle aussi grandiose que les banquises des mers polaires; mais

le mode de formation en est connu d'une manière plus complète ; car, pendant une longue série d'années, des observateurs consciencieux en ont étudié les diverses péripéties, depuis l'origine des premiers glaçons jusqu'à la débâcle.

Ces recherches ont prouvé qu'après avoir été formée, la couche glacée de la Baltique se comporte de la même manière que sur les lacs, non-seulement dans les parties septentrionales, où l'eau est presque douce, mais aussi près de l'entrée, là où la masse liquide est encore fortement saline. Les crevasses notamment n'y diffèrent en rien par leur formation de celles du lac BaikaP ou du lac de Constance. Elles s'ouvrent aussi avec un bruit de tonnerre en laissant échapper de grandes quan tités d'eau qui se gèlent à leur tour et grossissent l'épaisseu r de la couche solide. Autour de l'Ile d'Œsel, les fissures ont de 15 centimètres à 2 mètres de largeur, et se prolongent parfois à la distance de plusieurs kilomètres. Seulement le ressac produit par les courants et par la répercussion des vagues, qui se propagent à l'air libre dans les parties de la mer non glacée, donne aux crevasses les directions les plus diverses; en certains détroits elles sont parallèles, tandis qu'ailleurs elles se coupent sans ordre ou rayonnent vers tous les points de l'horizon.

11 est rare que la glace commence à recouvrir la surface de la mer tant que l'eau est agitée par une forte houle. La tempête et les courants rapides retardent ou même empêchent complètement la cristallisation. Ainsi, tandis qu'à l'est, où la mer est tranquille, l'île d'CEsel est réunie au continent, pendant 130 jours de l'année en moyenne, par une couche de glace atteignant parfois 1 mètre d'épaisseur et servant de grande route aux traîneaux, les falaises occidentales, que frappe la houle du large, sont bordées seulement d'une étroite banquise ; même sur le promontoire de Muhha Ninna, où les vagues viennent se briser avec fureur, l'extrême agitation des eaux empêche pendant tout l'hiver l'apparition de la moindre parcelle de glace : les paysans de Tlle disent n'en avoir jamais vu dans cet endroit*.

4. Voir, dans le premier volume, le chapitre intitulé les Lacs.

t. Von Sass, Bulletin de l'Académie de Saint-Pélersbourg, t. IX, p. 466, etc.

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