LES GLACES DE LA BALTIQUE
Chaque année , une partie considérable de la Baltique se recouvre de glaces. Presque tout le golfe de Bothnie et le pourtour entier des côtes du golfe de Finlande se changent en une surface blanche et immobile; les lies et les Ilots s'enveloppent d'une zone plus ou moins large de glaçons, et les détroits d'une faible profondeur sont graduellement obstrués. Tous les hivers, la Finlande est réunie à la Suède par un pont de glace, que percent çà et là les innombrables rochers de Farchipel d'Aland. La couche solide devient alors pour quelques mois la grande route entre la Suède et la Russie. Comme les banquises polaires, elle a des amas de glaçons redressés, pareils à des tourelles, à des pyramides, à des obélisques érigés sur la mer; comme les banquises, elle se détache des côte& pour descendre au sud avec le courant, puis se brise avec fracas, se réduit en glaçons épars, et quelques jours après le commencement de la fonte, il n'en reste plus que de minces débris jetés çà et là par les flots.
11 parait que durant les siècles modernes la mer Baltique n'a jamais été recouverte en entier par un champ de glace. Les chroniques nous apprennent qu'en 1323 la partie méridionale du bassin gela complètement, et que pendant six semaines les voyageurs se rendaient à cheval de Copenhague à Lubeck et à Dantzig: on avait même élevé sur la glace des hameaux temporaires au croisement des routes. Durant les hivers de 1333, de 13i9, de 1399 et de 1402, les mêmes phénomènes de congélation générale eurent lieu dans la Baltique méridionale, et la couche glacée servit de grand chemin pour les échanges entre la Poméranie, le Mecklenburg, le Danemark et ses lies. En 1&08, le champ de glace fermait complètement l'entrée de la Baltique entre la Norvège et le Jutland, et s'étendait par le Cattegat, les détroits et la mer de Scanie jusqu'à la grande lie de Gottland : on dit même que les loups de la Norvège, chassés de leurs forêts natales par la faim, traversèrent le Skagerrack pour envahir les villages du Jutland. Depuis cette époque, plusieurs parties de la Baltique méridionale se sont encore congelées ; mais la surface solide n'a jamais offert la même étendue ni la même consistance. Ce fait semblerait prouver que la température moyenne s'est adoucie dans les contrées du nord de-
puis le xiY* siècle, tandis que le contraire devrait avoir eu lieu^ d'après rhypo thèse d'Adhémar^
Chose remarquable ! pendant quelques années exceptionnelles, la mer Noire, librement ouverte à tous les vents qui descendent des régions polaires, est envahie par les glaces, comme la Baltique elle-même. Durant les siècles historiques,, le détroit de Constantinople et la nappe avoisinante du Pont- Euxin ont été fréquemment recouverts de glace, ce qui prouve que, pendant la période de congélation , la température de cette partie de FOrient était analogue à celle de Copenhague. En /iOl de l'ère actuelle, la mer Noire gela presque entièrement, et, lors de la débâcle, ou vit d'énormes montagnes de glace flotter pendant trente jours sur la mer de Marmara. En 762, la couche solide qui recouvrait le Pont-Euxin s'étendait d'une rive à l'autre, des falaises terminales du Caucase aux sourcesdu Dniestr, du Dniepr et du Danube. En outre, disent les écrits du temps, la quantité de neige qui tomba sur la glace s'éleva jusqu'à la hauteur de 20 coudées (9 mètres ou 13 mètres[?],) et cacha complètement les contours du rivage : on ne savait oii commençait le continent, où finissait la mer. Au mois de février, les débris de la couche de glace, emportés par le courant jusqu'à l'entrée de la mer Egée, se réunirent en une immense dalle entre Sestos et Abydos, au travers de l'Hellespont*.
Vagues de la mer. — Ondes régulières et irrégulières. — Hauteur des vagues. — Leur amplitude et leur vitesse. — Lames de fond. — Vagues de côtes.
La surface marine est rarement calme. Durant les jours où l'atmosphère est sans mouvement, ce qui d'ailleurs est d'ordinaire un pronostic de tempête, l'eau est quelquefois^
4. Voir, dans le premier volume, le chapitre intitulé les Harmonies et les^ Contrastes,
t. P. de Tchihatcheff, le Èosphore et Constantinople.