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L'INFLUENCE DES CLIMATS SUR L'HOMME

vastes pays dont les conditions géologiques et climatériques sont très- variées ; mais, en dépassant les frontières de leur sol natal, les types dépérissent ou se modifient sous Tinfluence des milieux. L'harmonie entre la terre et ses produits n'est troublée que pour se rétablir peu à peu, conformément aux lois qui régissent tous les phénomènes planétaires. Même en faisant acte d'énergie propre, autant que le comportent les limites de leur vie, les faunes et les flores spéciales ne font qu'ajouter à l'accord magnifique de la terre et de tout ce qui germe et se développe à sa surface.

L'homme, cet a être raisonnable » qui aime tant à vanter son libre arbitre, ne peut néanmoins se rendre indépendant des climats et des conditions physiques de la contrée qu'il habite. Notre liberté, dans nos rapports avec la terre, consiste à en reconnaître les lois pour y conformer notre existence. Quelle que soit la relative facilité d'allures que nous ont conquise notre intelligence et notre volonté propres, nous n'en restons pas moins des produits de la planète : attachés à sa surface comme d'imperceptibles animalcules, nous sommes emportés dans tous ses mouvements et nous dépendons de toutes ses lois. Et ce n'est point seulement en qualité d'individus isolés que nous appartenons à la terre ; les sociétés, prises dans leur ensemble, ont dû nécessairement se mouler à leur origine sur le sol qui les portait ; elles ont dû refléter dans leur organisation intime les innombrables phénomènes du relief continental, des eaux fluviales et maritimes, de l'atmosphère ambiante. Tous les faits primitifs de l'histoire s'expliquent par la disposition du théâtre géographique sur lequel ils se sont produits : on peut môme dire que le développement de l'humanité était inscrit d'avance en caractères grandioses sur les plateaux, les vallées et les rivages de nos continents.

11 ne s'agit point d'ailleurs d'un parallélisme géométrique entre les phénomènes de la nature et les événements de l'histoire. La ressemblance entre les horizons et les faits n'est point absolue comme le serait l'image d'un objet reflété dans une glace. Non, l'accord qui s'établit entre le globe et ses habitants se compose à la fois d'analogies et de contrastes;

comme toutes les harmonies des corps organisés, il provient de la lutte aussi bien que de Tunion et ne cesse d'osciller autour d'un centre de gravité changeant. Les forces à l'œuvre à la surface et dans le sein de la terre ne s'arrêtent jamais, ainsi que le témoignent les phénomènes géologiques; de même rbomme réagit incessamment contre la planète qui loi s^t de demeure : après s'être laissé bercer par la nature durant les siècles de la sauvagerie primitive, il s'est graduellement émancipé; maintenant il s'efforce de s'approprier les énergies de la terre, de les faire siennes, pour ainsi dire. C'est de l'action de la planète sur l'homme et de la réaction de l'homme sur la planète que naît cette harmonie qui est l'histoire de la race humaine. D'ailleurs ces Térités sont devenues presque banales depuis que les Humboldt, les Ritter, les Guyot ont établi par leurs travaux la solidarité de la terre et de l'homme. L'idée mère qui inspirait l'illustre auteur de VErdkunde lorsqu'il rédigeait à lui seul sa grande encyclopédie, qui est encore aujourd'hui le plus beau monument géographique des siècles, est que la terre constitue le corps de l'humanité, et que l'homme, à son tour, est l'âme de la terre. Sans nous approprier aussi orgueilleusement le globe qui nous porte, il nous est permis de dire qu'après avoir été longtemps pour lui de simples produits à peine conscients, nous devenons des agents de plus en en plus actifs dans son histoire.

Il est désormais prouvé que l'homme existe sur la terre depuis une époque très-reculée. Les documents écrits ne nous ramènent qu'à trois ou quatre mille ans en arrière; les restes les plus anciens des édiûces bâtis à une époque antérieure, et qui sont aussi des archives de pierre, datent peut-être de vingt siècles auparavant; mais par delà cette bien courte période historique, comprenant à peine la durée de cent cinquante générations successives, s'étend la période, certainement beaucoup plus longue, de la tradition pure. Alors l'humanité, naissant à la conscience d'elle-même, rattachait les siècles aux siècles par les légendes, les hymnes, les formules symboliques : les souvenirs des grands événements , migrations , guerres de races, alliances, exterminations, conquêtes du travail, s'incor-

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