L'ANCIENNETÉ DE L'HOMME
poraient dans la religion même et, sous une forme de plus en plus altérée, se transmettaient d'âge en âge comme l'héritage des peuples. Plus anciennement encore, dans le lointain inconnu des temps, nos ancêtres vivaient de la vie des bétes fauves dans les forêts et les cavernes. U\ tradition, non moins que rhistoire, est muette sur cette période de la race humaine; mais les assises de la terre, interrogées de nos jours par les anthropologistes et les géologues, commencent à nous révéler à la fois Fexistence et les mœurs de ces aïeux, naguère inconnus.
Sans parler de trouvailles faites à diverses époques, alors que la science, timide encore, se refusait à reconnaître Tancienneté de Thomme, tant de débris humains, tant de produits de rbidustrie primitive ont été découverts dans les derniers temps, qu'il ne reste plus de doute relativement à la longue durée de notre espèce. Non-seulement nos barbares aïeux habitaient les forêts en même temps que le bœuf urus, refoulé maintenant dans le Caucase et représenté dans quelques parcs d'Europe par de rares individus; mais avant cet âge, ils vivaient aussi pendant la période glaciaire, quand la France et l'Allemagne avaient l'aspect de la Scandinavie actuelle et que les rennes, aujourd'hui relégués dans le voisinage de la zone boréale, parcouraient les glaciers des Alpes et des Pyrénées. Antérieurement encore, à une époque où le climat européen, qui plus tard devait tellement se refroidir, était au contraire beaucoup plus chaud que de nos jours, l'homme des cavernes avait pour contemporaines des espèces de rhinocéros et d'élé* phants maintenant disparues, et déj«^ des artistes, humbles devanciers des Phidias et des Raphaël, s'essayaient à graver sur leurs outils des figurines de femmes et des images de mammouths qui se sont conservés dans l'argile des grottes. Avant cette époque, l'homme se retrouve encore, luttant pour la domination contre un redoutable ennemi, le grand ours des cavernes, dont il nous a laissé également des dessins sur la pierre, et plus loin, dans l'immense profondeur des âges, d'autres restes, ceux des éléphants antiquus et meridionalis, nous apprennent que nos ancêtres étaient déjà nés durant une période de
la vie terrestre que Ton croyait naguère avoir été séparée de l'époque actuelle par une série de brusques renouvellemenls. M. Whitney, directeur de l'exploration géologique de la Californie, a découvert des restes de Thomme et des vestiges de son industrie datant certainement d'une période pendant laquelle la vie animale et la flore étaient tout à fait différentes de ce qu'elles sont de nos jours, et depuis laquelle il s'est prcNiaii, dans les roches dures et cristallines de la contrée, une érosion verticale de 700 à 1,000 mètres*. Combien de milliers d'années ou de siècles se sont écoulés depuis lors? Nul ne peut encore le dire*.
Par la forme du crâne, les débris humains trouvés aux Eyzies, près des bords de la Vézère, appartenaient à une race qui pourrait encore compter parmi les plus belles; des crânes trouvés par M, Garrigou dans les grotles de TAriége, et appartenant peut-être à des peuples de l'époque historique, sont d'une forme très-noble; mais les têtes découvertes à Engis et à la Haulette en Belgique, à Neanderthal dans la Prusse rhénane, à Borreby en Danemark, à Eguisheim en Alsace, démontrent que nombre des anciennes peuplades de l'Europe occidentale étaient de beaucoup inférieures aux populations civilisées de nos jours. Plus agiles peut-être pour courir après une proie et plus forts pour la terrasser, ces représentants des races disparues étaient moins intelligents, moins hommes que nous, et leur angle facial se rapprochait de celui des bêtes fauves qu'ils avaient à combattre pour maintenir leur existence. Ainsi que le remarque M. Huxley, la différence de capacité entre le crâne de l'homme civilisé et celui de l'homme de Neanderthal ou de Borreby dépasse de beaucoup la différence qui existe entre ces anciens crânes humains et ceux des grands singes. Faut-il en conclure avec divers anthropologis tes que l'homme descend d'une ou de plusieurs espèces d'anciens quadrumanes ou bien de quelque animal d'un type parallèle graduellement développé par la