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LES ANCIENNES RAGES HUMAINES

sélection et par la lutte de la vie pendant la longue durée des âges? C'est là une théorie qui, loin d'être humiliante pour rhomme, serait au contraire de nature à l'enorgueillir : nos immenses progrès justifieraient un immense espoir. Toutefois, si les hypothèses sérieuses sont bonnes à émettre et à discuter, il faut bien se garder de les admettre comme vérité démontrée aussi longtemps que les témoignages directs n'ont pas encore définitivement prononcé.

Puisqu'on est encore forcément dans le doute au sujet de l'origine, même de l'humanité, il est évidemment impossible de savoir si les diverses races de la terre descendent d'un seul couple ou de plusieurs groupes primitifs. Avons-nous tous, noirs et blancs, rouges et cuivrés, le même Adam pour aïeul et la même Héva pour mère commune? Ou bien chaque masse continentale, chaque terre isolée a-t-elle produit des races autochthones, distinctes de toutes les autres, comme elle avait déjà produit sa flore et sa faune particulières? Bien que cette question soit encore insoluble, aucune n'est plus discutée par les anthropologistes. Pour les uns, l'unité primitive de la race est un fait incontestable, qu'on ne saurait nier sans commettre une sorte d'attentat contre la majesté humaine; d'autres pensent qu'il y aurait eu trois, quatre, cinq, dix, quinze groupes primitifs; il en est aussi qui parlent de centaines de races diverses surgissant çà et là et à différentes époques sur les continents et les lies, comme des plantes dont les graines auraient été jetées « à la volée ». A l'appui de cette théorie, ils citent ce fait considérable que les hommes fossiles de l'Europe occidentale présentent, par leurs types, des contrastes beaucoup plus frappants que ceux des races de nos jours.

Du reste, des passions de toute nature, étrangères à la science, se sont mêlées à ce débat. Lorsque la république américaine avait encore le malheur de compter, à cêté de ses trente millions de citoyens blancs, les plus libres de l'univers, quatre millions de noirs condamnés à la servitude la plus atroce, esclavagistes et aboli tionis tes se combattaient à outrance en langage scientifique ; ils affirmaient la communauté ou la diversité d'origine uniquement pour justifier ou

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pour maudire Tesclavage. Même parmi ceux qui croyaient par tradition à Tunîté première de la race humaioe, plusieurs affirmaient, en haine des noirs, que cette unité s'était brisée pendant le cours des âges, et que les fils de Tesclave étaiem voués à jamais au fouet et au carcan. La certitude scientifique n'est point sortie de ces assauts provoqués par les intérêts et les passions en lutte, et l'origine de notre race n'en reste pas moins inconnue. C'est là ce qu'expriment naïvement la plupart des mythes, en racontant que la vie des premiers hommes a commencé par le sommeil. « Rien n'existait, disent les vieillards d'une tribu indienne; tout était vide et néant; il n'y avait ui ciel, ni terre, ni mer, ni rivage. Tout à coup sept guerriers se trouvent assis sur le bord d'un lac, fumant le calumet de paix, et déjà les femmes travaillent dans les wigwams. » Aucune légende ne fait mieux comprendre que l'humanité apassésoB enfance comme dans un rêve ; elle a commencé par vivre sans le savoir.

D'ailleurs, il importe peu que les hommes descendent d'un seul ou de plusieurs couples d'ancêtres ; il importe peu que les races si diverses aient toutes été procréées par une même famille, ou qu'elles soient nées en différentes contrées et à différentes époques, pourvu que cette unité, douteuse dans le passé, arrive à se constituer dans l'avenir. Cette future unité est-elle possible? telle est l'une des grandes questions que se posent aujourd'hui les anthropologistes, et nous croyons qu'elle sera bien près d'être résolue quand on s'en tiendra sincèrement aux résultats fournis par l'expérience. D'après quel^ ques savants, les races ne pourraient s'unir entre elles : le noir ne saurait s'allier au blanc d'une manière permanente; le Peau-Rouge, l'insulaire de la mer du Sud, l'Arabe, le Chinois lui-même, n'entreraient jamais dans la grande famille des peuples frères; bien plus, l'Hindou, non moins .Aryen par l'origine que l'Européen de l'Occident et son précurseur dans les sciences et les arts, serait condamné à rester désormais à l'écart des orgueilleux parvenus celtes et germains, sans renouer les antiques liens de parenté. Suivant cette théorie, énoncée par les uns d'une manière absolue, plus ou moins

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