‹ La terreChapitre 374 sur 447 · LA ZONE TROPICALE ET LA ZONE POLAIRE · texte numérisé non relu

LA ZONE TROPICALE ET LA ZONE POLAIRE

les solitudes de ces contrées, et luttent péniblement contre lé climat pour lui arracher chaque jour de leur dure existence. Ne pouvant guère pénétrer dans l'intérieur des îles et des terres continentales, à cause des glaciers et du manque de végétation, ils construisent leurs huttes de bois ou de neige au bord de rOcéan. Là du moins, les vents apportent en été quelques bouffées d'un air équatorial, les contre- courants poussent sur la rive des eaux venues des tropiques et qui n'ont pas encore perdu entièrement leur chaleur primitive; enfin, quand la tempête n'agite pas la mer et que la surface liquide n'est pas recouverte de bancs de glace épars, le pêcheur peut se hasarder dans sa barque de cuir à la poursuite des phoques et dés poissons. Quand il a foré de son harpon les animaux qui doivent servir de nourriture à sa famille, il revient dans le trou noir qui lui sert de tanière, et c'est là qu'il passe, en se chauffant à la flamme d'une lampe, cette longue nuit d'hiver qui semble ne devoir jamais finir, car le soleil même, le foyer de la vie terrestre, abandonne la zone glaciale pendant des semaines et des mois, et l'aurore polaire, qui remplace l'astre par intervalles, n'envoie qu'une lueur livide, véritable fantôme du jour. La vie est difficile durant ce long et ténébreux hiver ; aussi la famine sévit souvent parmi ces peuplades, et pai'fois des tribus ont disparu sans laisser trace de leur passage* Comment l'esprit des Groenlandais, des Esquimaux et des Kamtchadales ne subirait-il pas l'influence du climat désolé des régions polaires? Tous les voyageurs racontent que les plus simples plaisirs suffisent pour remplir de joie ces êtres naïfs dont la vie est si monotone ; dans leur lutte pour l'existence, ils ne sont point ambitieux, car la grande chose est de se nourrir, et le sol est trop rebelle à la culture, le climat trop iticlément pour qu'il puissent réagir contre la terre et tenter de se l'approprier; ils sont aimants et doux, car, dans leur hutte de neige, la famille est pour eux tout l'univers; ils sont attachés à leur patrie et meurent quand ils sont obligés de la quitter, parce que leurs idées sont uniformes comme le pays dans lequel ils sont nés, et que là seulement ils peuvent ressentir ces joies simples et ces plaisirs tranquilles qui les reposent de

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