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LA DENSITÉ DES POPULATIONS

le 55^ degré de latitude septentrionale, espace qui n*est pas même le tiers de la surface terrestre émergée, contient les deux tiers de la population du globe, et c'est là que de nos jours le nombre des habitants s'accroît encore avec le plus de rapidité. En Asie, c'est dans la partie médiane des régions tempérées que se trouve cette riche « Fleur du Milieu » qui renferme à elle seule plus du quart de la race humaine; à l'autre extrémité de l'ancien monde, c'est également vers le milieu de la même zone, en Belgique, en Angleterrje, dans la

Pig. 189. — Densité de la population en Grèce.

France septentrionale, que les fourmilières d'hommes se sont, le plus rapprochées les unes des autres. La Belgique, le pays qui a la plus forte population relative du monde entier, a près de deux habitants par hectare, au moins vingt fois plus que le reste de la surface continentale. La Grèce, qui est Tune des contrées les moins populeuses de l'Europe tempérée, est encore en proportion trois fois plus fortement habitée que ne l'est dans son ensemble la surface émergée des terres. On peut figurer la population comparée des deux pays par les deux

cartes précédentes, où, d'après un système un peu difiérent de celui de M. Minard, la densité des habitants est, pour une même surface, proportionnelle au nombre de carrés.

Influence'du relief terrestre sur rhumanité. — Les plateaux, les mootagoes,

les collines et les plaines.

Les inégalités du relief continental modifient les climats sur le pourtour du globe, et par suite modifient en même temps de la manière la plus diverse les destinées des peuples. Au lieu de se succéder avec régularité de l'équateur anx p<)les, suivant les latitudes, les zones de température s'entrecroisent et se superposent ; le milieu change çà et là brusquement, et avec le milieu les populations elles-mêmes.

Dans le puissant édifice des continents, ce sont les plateaux qui ont le plus d'importance pour l'histoire de l'humanité* Se dressant au milieu des plaines avec tout un système particulier de montagnes, de fleuves et de lacs, avec une flore et une faune qui leur appartiennent en propre, avec un climat spécial, toujours plus froid et d*ordinaire beaucoup plus sec que celui des terres basses, les plateaux sont pour les peuples les plus fortes barrières, car les grands océans, jadis infranchissables, sont à présent traversés facilement par les navires, et dans les contrées qui se font face de Fun à l'autre rivage, s'établissent des populations de même origine et de plus en plus rapprochées par les voyages et le commerce. Les plateaux des régions froides ou tempérées ne sont pas seulement des limites entre les nations, nombre d'entre eux sont même complètement déserts à cause de raridité du sol et de la rigueur des saisons. Dans TÂmérique du Sud, ce n'est jamais sans danger que les voyageurs se hasardât sur les plateaux des Andes entre le Chili et la république

Argentine; même en France, les causses presque inhabités de Florac, du Lévezou, de la Cavalerie, sont très-dangereux à traverser en hiver, et souvent les voilures y sont restées ensevelies dans la neige. La plupart des plateaux de la zone torride sont également déserts, à cause de la sécheresse de Tair et du sol , ou même à cause des épaisses couches salines qui recouvrent la terre; mais par un contraste remarquable, ce sont aussi des plateaux qui, dans la région des chaleurs extrêmes, sont les pays les plus favorablement situés pour développer les progrès de l'homme.* Vastes jardins suspendus qui se dressent dans Tair à 1,000, 2,000 et 2,500 mètres de hauteur, ces plateaux portent sur leurs piliers de marbre ou de granit comme un fragment de la zone tempérée, avec son climat, ses produits, ses peuples relativement prospères. Ainsi le plateau de FEthiopie, peuplé d'une race qui se distingue de toutes celles de l'Afrique par son intelligence, sa dignité, sa bravoure et ses progrès, s'élève comme une citadelle énorme entre les déserts de l'ouest, les vallées marécageuses du nord et du sud, et les plages brûlantes de la mer Rouge. De même en Amérique les plateaux péruviens habités des Incas, les hautes terres grenadines où vivaient les Muyscas et autres nations indiennes, les altos du Guatemala, l'Anahuac sont à peu près les seules parties du nouveau monde où se sont développées des civilisations originales, fleurs qui n'auraient pu germer sur un autre sol et que le conquérant espagnol a brutalement arrachées. La péninsule du Yucatan eut aussi ses nations policées; mais elle avait également de grands avantages matériels, notamment celui de posséder un sol calcaire toujours sec et salubre.

C'est ainsi que, suivant les latitudes et la configuration des terres environnantes, les plateaux ont une action favorable ou défavorable sur les destinées de l'humanité : icf , dans toute l'Asie centrale notamment, des populations clairsemées et nomades, en quête des sources, des courants d'eau, des prairies verdoyantes, très -fréquemment aussi en course pour des expéditions de meurtre et de pillage; ailleurs, comme dans l'Amérique tropicale, des nations relativement

paisibles, s'occupant d'agriculture, d'induslrie, de commerce, développant graduellement leur civilisation aulochlhone. Tel plaleau, le désert de Gobi, par exemple, est inhabitable à cause de la rareté des pluies ; tel autre n'a pu receîoir encore qu'un petit nombre d'hommes à cause des averses qui rinondent et qui en changent toutes les dépressions en marécages. C'est ainsi que, dans l'Amérique centrale, les hautes terres trop humides de la partie orientale, qui sont pourtant les plus rapprochées de l'Europe colonisatrice, n'ont point reçu d'immigrants; les plateaux de l'ouest, au contraire, où les pluies tombent avec plus de mesure et de régularité, se couvrent de populations ; c'est là que s'élèvent les villes, que se tracent les routes et s'opère le mouvement du commerce*. Les montagnes, elles aussi, exercent des influences bien différentes sur les habitants de leur vallées, suivant la hauteur des terrains occupés, la température et les autres conditions du climat, [la nature des roches, Texposition des pentes et l'abondance de la lumière. Combien grand sous ce rapport est le contraste entre la plupart des vallées italiennes des Alpes centrales et les vallées françaises des massifs du Dau* phiné ! Les premières sont inondées de soleil , baignées par les eaux bleues des grands lacs et largement ouvertes sur les plaines verdoyantes de la Lombardie : du haut des promontoires, les villageois contemplent un immense horizon, offrant, comme en un tableau parfait, les oppositions les plus charmantes de terrains et de cultures. Dans le triste Valgodemar, au contraire, dans les sombres vallées du Dévoluy, le montagnard ne voit autour de lui que roches croulantes, escarpements arides, maigres récoltes d'orge ou de pommes de terre produites comme à regret par le sol pierreux. Pendant une partie de l'hiver, le soleil , caché par les hhutes montagnes qui se dressent au sud du Valgodemar, décrit sa course journalière sans que les habitants de la vallée en voient autre chose que le pâle reflet sur les cimes lointaines; et quand ils le revoient enfin aux jours heureux

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