LES TERRAINS ET LES POPULATIONS
et dans les mœurs de ceux qui cultivent les grandes plaines fertiles. L'agriculture est, il est vrai, la mère de toutes les civilisations; les laboureurs s'attachent au sol qui produit leur nourriture et celle de leurs enfants; ils délestent la guerre qui vient ravager leurs champs comme l'orage, et brûle leurs chaumières comme le feu du ciel; tenant de la nature du sol qu'ils travaillent, ils sont tenaces, patients et tranquilles; de père en fils et de siècle en siècle, ils opposent à la violence et à la rage une résistance passive qui finit par lasser les volontés les plus énergiques, par vaincre les conquérants les plus orgueilleux; ils luttent contre les éléments mêmes : qu'un orage détruise leur maison, ou que l'inondation l'emporte en passant, ils se condamnent à la famine et s'arrachent le grain nourricier, pour le jeter courageusement dans le sillon trompeur. Ces fortes qualités sont des plus nécessaires pour l'œuvre de formation d'un peuple ; mais si les agriculteurs des plaines n'avaient pas à subir diversement l'influence des populations plus remuantes des collines, des plateaux et des rivages maritimes, tout progrès finirait par leur devenir impossible*. Aussi réguliers dans leurs habitudes que le sont les saisons dans leur cours annuel, enracinés au sol, pour ainsi dire, comme les plantes qu'ils cultivent, ils n'auraient pour loi que la routine, pour idéal que l'immobilité, pour espoir dans l'avenir que le maintien des choses passées.