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LES RIVAGES ET LES POPULATIONS

plées à mesure qu'il se rapproche de la c6te. Dans rintérieur du pays, les hommes s'établissent aussi sur les bords des lacs, qui sont des océans en miniature, ou bien le long des fleuves et autres cours d'eau, que les Chinois appellent avec tant de raison les « fils de la mer ». Les maisons, les jardins, les cultures, bordent d'une manière continue les deux berges de chaque grande rivière de l'Europe tempérée; des villages, des villes s'établissent au confluent de tous les tributaires avec le cours d'eau principal. Ainsi qu'on le répète souvent, la Seine, la Tamise, le Rhin, le Rhône, la Loire, ne sont que de longues rues mouvantes, unissant les uns aux autres les fragments de la ville immense qui les borde de la source à l'embouchure. Les lacs de Constance, de Zurich, de Genève, sont aussi entourés d'habitations et de jardins comme d'une ceinture. Vers l'extrémité orientale du Léman, de Vevey à Villeneuve, les ch&teaux, les hôtels, les maisons de plaisance, rejoignent village à village en une cité somptueuse; et c'est la beauté de la nature, bien plus encore que les avantages de la navigation, qui ont fait de cet admirable rivage l'un des espaces les plus fréquentés et les plus populeux de l'Europe. C'est aussi l'admirable vue des promontoires verdoyants, des plages blanches de la Méditerranée bleue qui, de Savone à Gênes et de Gènes à Chiavari, sur plus de 60 kilomètres de longueur, a couvert toute la côte de Ligurie de palais et de villas de marbre.

Ceux qui habitent immédiatement au bord de la mer et qui, de leur demeure, peuvent entendre le bruit des vagues, ont généralement l'instinct voyageur. L'horizon indéfini qui s'étend devant eux leur donne l'amour de l'espace, l'éternelle succession des flots les engage sans cesse au départ. 11 est vrai, lorsque la côte est complètement dépourvue déports, bordée de bancs de sable et d'écueils, exposée à toute la force des vagues et des tempêtes, les populations du littoral ne peuvent d'elles-mêmes avoir cette a âme d'airain » qui leur permette de s'élancer joyeusement dans la houle sur des radeaux ou de frêles canaux; c'est de nations étrangères,

plus favorisées par la disposition de leurs côtes et la clémence de leurs mers, qu'ils doivent apprendre l'art de construire et de diriger des embarcations sur les flots. En revanche y les habitants des côtes baignées par des eaui presque toujours tranquilles et découpées de havres où les embarcations peuvent se réfugier devant Torage, s'abandonnent à l'instinct qui les attire sur le flot, et peu à peu le goût des voyages et des aventures se développe chez eux. Lorsque les découvreurs espagnols naviguèrent pour la première fois sur les côtes de l'Amérique centrale, ils furent étonnés de rencontrer des canots de commerce « presque aussi grands que des galères » , et pouvant contenir jusqu'à cinquante personnes. Bien plus, au large du littoral péruvien, les marchands de bijoux et d'étoffes se hasardaient sur de simples radeaux, et, se laissant porter par le courant, pousser par la brise, ils voyageaient à des centaines de kilomètres le long des côtes*.

Après les avantages exceptionnels que donnent aui populations maritimes le grand nombre de bons ports et la rareté des tempêtes, la condition la plus heureuse pour le développement du commerce et de la navigation chez les peuples enfants est le voisinage d'une tle ou d'un archipel, dont on aperçoit les contours vaporeux sur le bleu de la mer, et qui attire de loin comme par une magie secrète. C'est ainsi que l'oisillon , timide encore, s'élance de son nid vers la branche la plus voisine. Les îles de la mer Egée appelaient vers la Grèce les marins de l'Asie Mineure; Chypre apparaissait aux Phéniciens comme un point de relâche avant qu'ils se hasardassent sur les eaux inconnues. L'Ile d'Elbe, à peine entrevue des côtes de la Toscane, marquait une étape sur le chemin de la Corse, des Baléares et des rivages lointains de l'Espagne; de même la Grande-Bretagne, dont les blanches falaises sei montrent quelquefois par -dessus la Manche comme un mirage flottant, ne cessait de fasciner pour ainsi dire les habitants du rivage opposé, et c'est pour

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