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LES POPULATIONS MARITIMES

cela qu'après avoir été tant de fois envahie et conquise, elle a fini par devenir le principal entrepôt commercial du monde entier. C'est aux îles, ces « perles de la mer » , que la surface de la planète doit quelques-uns de ses traits les plus charmants ; grâce au commerce, c'est également à ces terres que les peuples doivent aussi en grande partie leur civilisation. Ainsi que Ritter aimait à le répéter, il serait difficile de s'imaginer combien le cours de l'histoire aurait été changé si les îles de la Grèce, la Sicile, la Grande-Bretagne, avaient manqué à l'Europe. Que les nations aryennes eussent été privées de ces sortes de citadelles où elles ont pu se retrancher et mettre en sûreté le trésor de leurs conquêtes intellectuelles et morales, et certainement elles n'auraient point réalisé les progrès qui ont fait le monde moderne. Immergées dans l'an* tique barbarie, elles seraient restées étrangères les unes aux autres ; la terre, si petite pourtant, n'aurait point été reconnue dans toute sa rondeur, et l'humanité n'aurait pas encore conscience d'elle-même.

Cependant, lorsque la grande navigation n'avait pas encore rapproché les uns des autres tous les points de la surface du globe, les îles ne pouvaient avoir d'importance considérable dans l'histoire de l'humanité, à moins d'être situées dans le voisinage immédiat d'un continent et de s'appuyer pour ainsi dire sur une terre aux riches plaines et aux populations nombreuses. Les lies perdues au loin dans la mer sont comme des prisons ou des lieux d'exil pour les peuplades qui les habitent : les facilités mêmes qu'elles offrent pour les voyages, l'appel du vent qui passe en soufflant vers d'autres terres, les enchantements du flot sur lequel s'agite le mirage, les formes indécises qui se montrent au delà de l'horizon et qui font croire à des régions heureuses, tout devient une cause d'infériorité pour le développement social, car lorsque les insulaires sortent de leur petite patrie pour aller visiter une terre éloignée, ils ne reviennent que très-rarement sur le sol natal. Le manque d'un centre d'attraction autour duquel puissent graviter les populations les maintient dans l'isolement et dans la barbarie primitive*

Comme dans un de ces organismes inférieurs où manque la tête, la vie est répandue à la fois dans tout te corps; mais elle n'est concentrée nulle part et ne peut avoir une grande intensité. C'est ainsi que ces îles merveilleuses de TOcéanie, si nombreuses, si belles, au sol si fertile, au climat si heureux, sont restées en dehors de la civilisation du monde; il y a deux siècles à peine, elles étaient encore presque toutes inconnues*

Les régions les mieux disposées actuellement pour les progrès de Thumanité sont donc les grandes plaines continentales qui regardent par -dessus la mer vers des îles ou des archipels voisins. Ces terres fertiles, qui sont aussi le plus souvent d'anciens golfes comblés par des alluvioos marines ou fluviales, appellent de nombreuses populations. C'est dans ces campagnes au sol uni que se développe l'agriculture, c'est vers les ports voisins que se dirige le commerce, que les denrées s'échangent, que les hommes apprennent à connaître les hommes, que les idées se mêlent aux idées. Presque toutes les puissantes cités s'élèvent sur un point de contact de la zone du littoral et des régions agricoles; les foules s'y agglomèrent, parce que les grands intérêts de rhumanité viennent s'y réunir. Par un contraste singulier, les populations agricoles, qui sont les plus sédentaires, et qui, par leur genre de vie non moins régulier que le retour des saisons, sont aussi portées à être les plus routinières, se trouvent en contact immédiat avec les populations maritimes, les plus mobiles, les plus rapides à l'action, les plus amoureuses de voyages et d'aventures. Ce rapprochement entre dès hommes si différents par les mœurs est l'un des faits les plus importants dans l'histoire du progrès.

11 est des peuples maritimes dont la vie est un voyage continuel, et qui ont fait de l'Océan leur patrie. Ainsi les Normands, qui se nommaient « les rois de la mer », allaient de rivage en rivage porter la terreur, faisaient en passant la conquête des royaumes, puis se rembarquaient dans leurs légers navires et s'en allaient par delà l'immensité des mers découvrir ce continent américain qui, après eux, est retombé

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