LE NOUVEAU MONDE
monde, et fonder en ces régions naguère inexplorées des sociétés alliées à celles de l'Europe occidentale. Les fils des émigrants sont devenus des nations, dont la puissance, comparée à celle des peuples de la mère patrie, augmente prodigieusement. Population, industrie, commerce, richesse publique, tout s'accroît d'une manière inouïe dans ces pays vierges, et, ce qui vaut mieux encore, c'est que les États d'Amérique, en partie dégagés des institutions oppressives de la vieille Europe, se gouvernent eux-mêmes en libres démocraties. Les utopies de l'ancien monde sont devenues des réalités dans le nouveau. L'Amérique est le laboratoire où l'idéal de l'Europe est mis en pratique pour le salut commun.
Les deux Amériques , si harmonieusement pondérées comme masses continentales, présentent au point de vue social un contraste analogue à celui de leurs formes. La terre du Nord, située entre l'Europe et la Chine, est admirablement disposée pour servir d'étape intermédiaire aux peuples et aux marchandises se dirigeant de l'extrême Occident vers l'extrême Orient. C'est là que passe la voie ferrée du Pacifique, continuant sur terre les lignes de bateaux à vapeur, qui , d'un côté, desservent New- York et Liverpool, de l'autre, Cbangaï et San-Francisco, et bientôt d'autres chemins de fer interocéaniques faciliteront encore les échanges. Dans l'intérieur de ce continent du Nord, la méditerranée des grands lacs et les plaines mississipiennes, faiblement accidentées, offrent au commerce et à la colonisation des facilités qui ne sont égalées dans aucune autre partie du monde. Toutefois, la population qui constitue les États- Unis est presque entièrement composée de fils d'Européens, et n'a pas encore su se fondre avec les aborigènes ni avec la race des esclaves importés d'Afrique.
L'Amérique du Sud est un continent plus maritime, et ses ports, ouverts sur les grandes mers australes, servent d'étapes pour les voyages de circumnavigation. A l'intérieur, les échanges et le peuplement trouvent un domaine peutêtre moins favorable que celui du continent septentrional ; les montagnes y sont plus hautes, les plateaux plus abrupts, les forêts plus difficiles à parcourir, les déserts plus inhospi-
ôkk LA VIE.
taliers^ le climat plus redoutable pour des émigrants venus de l'Europe lointaine. Aussi les Hispano-Âméricains ont-ils plus que leurs rivaux du Nord subi l'influence du milieu. Sans abdiquer leur fraternité avec les peuples de Tancien monde, ils se sont peu à peu mélangés avec les naturels, et, par cette fusion, ont introduit les anciens sauvages dans la civilisation moderne. Si l'Amérique du Nord est plus européenne, plus individualiste, plus active, FAmérique du Sud est plus humaine : c'est à elle que revient l'honneur de convier toutes les peuplades encore barbares à la grande paix des nations.