‹ La terreChapitre 392 sur 447 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

LE TRAVAIL DE l'iIOMME.

Réaction de Thomme sur la nature. — Exploration du globe. — Voyages de découvertes. — Ascensions de montagnes.

Pendant l'enfance des sociétés, les hommes isolés ou groupés en faibles tribus avaient à lutter contre des obstacles trop nombreux pour qu'ils songeassent à s'emparer de la surface de la terre comme de leur domaine : ils y vivaient, cachés et tremblants, comme les bêtes fauves des forêts; mais leur vie même était une lutte de toutes les heures : sous la constante menace de la famine ou du massacre, ils ne pouvaient s'occuper de l'exploration du pays , et les lois qui leur eussent permis d'utiliser les forces de la nature leur étaient encore inconnues. A mesure que les peuples se sont développés en intelligence et en liberté, ils ont appris à réagir sur ce monde extérieur dont ils avaient subi passivement l'influence ; ils se sont graduellement approprié le sol qui les porte, et devenus, par la force* de l'association, de véritables agents géologiques, ils ont transformé de diverses manières la surface des continents, changé l'économie des eaux courantes, modifié les climats eux-mêmes, déplacé les faunes et les flores. Parmi les œuvres que des animaux d'un ordre inférieur ont accomplies sur la terre, les Ilots bâtis par les coraux peuvent, il est vrai, se comparer aux travaux de l'homme par leur étendue; mais ces constructions se poursuivent de siècle en siècle d'une manière uniforme et n'ajou-

6i6 LA VIE.

tent jamais un trait nouveau à la physionomie générale du globe : ce sont toujours les mêmes récifs, les mêmes terres • lentement émergées comme des bancs d'alluvions fluviales ou marines, tandis que le travail de Thomme, sans cesse modifié, donne à la surface terrestre la plus grande diversité d'aspect, et la renouvelle, pour ainsi dire, avec chaque nouveau progrès de la race humaine en savoir et en expérience.

La première des conditions pour que l'homme arrive un jour à transformer complètement la superficie du globe, c'est qu'il la connaisse en entier et qu'il la parcoure dans tous les sens. Jadis les peuplades sauvages ou barbares, isolées les unes des autres, ne se faisaient qu'une idée chimérique des territoires situés au delà des étroites limites de leur patrie : elles n'y voyaient qu'un espace à la fois vide et sans bornes, un monde ténébreux et redoutable, que peuplaient des monstres, mais où l'homme luimême ne pouvait viVre. Les traits les plus remarquables de la surface planétaire leur restaient tout à fait inconnus : les habitants des plainçs se figuraient la terre comme une grande campagne unie; ceux des pays montagneux ne se représentaient par l'imagination que des gorges étroites, des escarpements et des cimes. De même, paraît-il, les Zunis, qui vivaient loin des côtes, dans les déserts qui sont devenus le Nouveau-Mexique, ignoraient jusqu'à Texistence de l'Océan; en revanche, nombre d'insulaires de la mer du Sud ne savaient point que de vastes masses continentales, étendues sur une largeur de plusieurs milliers de lieues, partagent les océans en bassins isolés. D'après le témoignage de Franklin, les Esquimaux apprenaient avec étonnement que vers le sud se trouvaient des terres complètement libres de glace, et sous l'équateur, les riverains ignorants des bords de l'Amazone croient naïvement que leur immense fleuve s enroule autour du monde.

A mesure que, par les échanges, les voyages et même par les expéditions guerrières, les peuples arrivaient à connaître les territoires les uns des autres, ils reléguaient les monstres dans les espaces mystérieux qui s'étendent par delà

Ln JVrpe. li.

^ ^y^\-^r^.':%cT àc Behring^

-A ^^'''''^^^V'^^Vàer de Behring^ P^;;r>

-'^^<^-jCo

Page 1