‹ La terreChapitre 398 sur 447 · Charles Lyell, Philosophie Transaciiofis · texte numérisé non relu

Charles Lyell, Philosophie Transaciiofis

65k LA VIE.

de siècle en siècle leur travail acharné, et sur chaque fleuve de pierre qui recouvre leurs champs, ils étendent de nouvelles campagnes, non moins verdoyantes que ne l'étaient les vergers disparus.

De tous les travaux agricoles qui ont changé la face de la terre, ce sont les canaux d'irrigation qui, dans les âges passés, ont été compris et exécutés de la manière la plus grandiose. Les Égyptiens, assiégés par le sable du désert, et

mettant pour ainsi dire leur àme dans ce limon du Nil où ils croyaient qu'étaient nés leurs ancêtres, avaient fait des irrigations leurs grands rites sacrés; leurs réservoirs, creusés pour l'aménagement des eaux d'inondation, n'avaient pas coûté moins de travail que les inutiles et fastueuses pyramides*. En Lombardie, en Toscane, l'irrigation générale du pays, dirigée par des syndicats, était aussi pratiquée avec une grande intelligence, et les plus beaux noms d'artistes et de savants, Léonard de Vinci, Michel-Ange, Galilée, Torricelli, sont associés à l'histoire de cette partie de l'agriculture. De nos jours, l'œuvre se poursuit avec une grande activité dans toutes les contrées du midi de l'Europe, dans l'Hindoustan et dans plusieurs autres pays du monde qui ont à souffrir de sécheresses. Avant d'entrer dans les plaines, presque tous les torrents du Piémont , de la Provence, du Roussillon, de l'Espagne méditerranéenne, sont en entier dérivés dans les campagnes, et seulement lors des averses ou de la fonte des neiges, les lits pierreux se remplissent d'une eau sale que la terre avide a bientôt absorbée. De grandes rivières comme TÈbre*, le Pô, la Durance, utilisées pour les irrigations, s'appauvrissent chaque année; en échappant à sa vallée de montagnes, le Gange livre les six septièmes de ses eaux au canal d'irrigation qui arrose les plaines du Duab^; mais aussi cette masse liquide, en compensant l'effet des sécheresses, permet-elle à trois millions d'hommes de se

4. Voir, dans le premier volume, le chapitre intitulé les Rivières.

2. Antonio de Mesa. — Voir, dans le premier volume, 2» édit., p. 497.

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