‹ La terreChapitre 399 sur 447 · H. Schlagintweit, Reise in Indien, vol. I · texte numérisé non relu

H. Schlagintweit, Reise in Indien, vol. I

sauver de la famine et de la mort. Dans le riche delta du Nil, 50,000 puits d'arrosement ne cessent de fonctionner aux dépens du fleuve et de ses canaux*. Si l'ambition des agriculteurs se réalise, les cours d'eau finiront par disparaître complètement. M. Love demande qu'on supprime au plus tôt les rivières de France en dérivant les tributaires dès leur origine et en leur faisant suivre, enfermés en des canaux d'irrigation, toutes les sinuosités du soP. Toutefois il est bon d'ajouter que M. Love est constructeur de chemins de fer.

D'ailleurs, on ne se contente plus aujourd'hui des eaux superficielles pour l'arrosenient des terres. Par des forages, l'homme va chercher l'eau qui coule dans les profondeurs et la force à venir à la surface pour arroser les plantations ; c'est ce qu'il a fait avec le plus grand succès en Algérie, soit pour accroître en étendue les oasis, soit pour en créer de nouvelles, et nul doute qu'il ne puisse en faire autant dans les autres contrées dont le sol aride cache des nappes souterraines. Ce n'est pas tout : cette eau, que l'on détourne de son cours naturel ou que l'on fait jaillir du fond de la terre, n'agit pas seulement sur les plantes en leur apportant l'humidité nécessaire, elle agit aussi par les amendements et les engrais qu'on lui confie. Aux champs sur lesquels elle s'épanche, elle distribue les alluvlons puisées à des formations d'une nature différente et mêle ainsi les sols, au grand profit de la végétation ; elle change par le colmatage des terres naturellement infertiles et les rend excellentes pour la culture. De même que, par des jets d'eau habilement dirigés, les mineurs californiens abattent de hauts talus de sable ou de gravier afin de recueillir les parcelles d'or entraînées dans le courant, de même on pourrait faire crouler, dans les Pyrénées, nombre d'escarpements de roches en débris pour les déverser dans des canaux de colmatage et les répartir en alluvions non moins précieuses que l'or, sur les sables infertiles des Landes.

^. Fraas, Aus dem Orient, p. 207.

2. Société des ingénieurs civils, Discotirs d'inauguration du <•' janv., <868.

Cette idée de Tingénieur Duponchel n'est certainement point une chimère. Récemment M. Bazalgette a donné la preuve de ce que Thomme peut tenter en faisant apparaître, comme par enchantement, de magnifiques prairies sur les sables purs du littoral , arrosés par des eaux d'égout provenant de Londres, à 70 kilomètres de distance. Le chimiste Liebig affirmait que la plage nue se refuserait à produire un brin d'herbe ; mais on eut raison de ne pas accepter sa prédiction sans la contrôler par l'expérience, car les sables condamnés par lui peuvent donner dans l'année de six à neuf coupes d'une herbe savoureuse.

Mise en culture des marais. — Drainage du sol dans les campagnes et dans les villes.

Par l'irrigation l'agriculteur parvient à conquérir les terres arides, telles que les sables des Landes, les argiles du désert, les escarpements rocheux; par le dessèchement il s'empare de terres noyées qui n'eussent jamais rien produit, et les transforme en de magnifiques jardins. Les tourbières, les marais, se changent par son travail en une terre des plus fertiles, et le nom de « maraîcher » s'applique désormais aux jardiniers, qui, dans le voisinage de nos grandes villes, savent faire sortir du plus petit espace de terrain la plus forte quantité de substance végétale. Chacune des étapes de l'humanité, en Italie, dans les plaines des Gaules et de la Germanie, sur le sol noyé des Bataves, dans la Grande-Bretagne, n'a été rendue possible que par l'assèchement et l'assainissement du territoire ; chacun des reculs partiels de la civilisation, ainsi qu'on le voit encore autour de Garthage, de Syracuse et de Rome, est constaté par un nouvel empiétement des marais jadis conquis. De nos jours, où le travail de la colonisation se fait sur une si

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