LES VOIES DE COMMUNICATION
au mouvement des voyages, à la diffusion des idées et à la répartition des richesses de la terre. Les services qu'elles ont déjà rendus à l'humanité sont incalculables, et cependant la puissance de la routine, les exigences du fisc, les barrières de douanes, l'avide système de monopole et de lucre pratiqué par les compagnies, le manque de larges vues d'ensemble parmi les constructeurs du réseau, les inquiétudes et les désastres de la guerre ont singulièrement retardé l'impulsion que les voies ferrées auraient pu donner à l'activité des peuples. D'ailleurs, les chemins de fer sont encore en très-petit nombre, relativement à l'étendue des terres : la longueur totale en est actuellement de 195,000 kilomètres, soit un seul kilomètre par surface continentale de 660 kilomètres carrés. Aucune des grandes lignes qui doivent traverser d'une mer à l'autre mer les diverses parties de l'ancien monde n'est complètement terminée. La plus longue, qui commence à Cadix, et qui se développe sur un espace de 5,962 kilomètres, par Madrid, Paris, Berlin, Saint-Pétersbourg, Moscou, ne dépasse point encore Nijni-Novogorod dans les plaines de la Russie : une longueur double reste à franchir avant que les rails atteignent les bords de la mer d'Ochotzk. La ligne transversale qui des bords du Pas-de-Calais se dirige vers Constantinople se trouve, depuis plus de dix années déjà, arrêtée par le cours du Danube. Quant au nouveau monde, il possède depuis 1869 un chemin de fer de 6,000 kilomètres de long, qui traverse le continent de l'Atlantique au Pacifique, de Portland et de New- York à San-Francisco, et qui est déjà devenu l'une des principales artères commerciales du globe.
Très-peu nombreux sont encore les districts dont « l'outillage » de chemins de fer est à peu près complet. L'un des plus riches sous ce rapport est la partie du Lancashire où fut ouverte la première voie ferrée importante, celle de Manchester à Liverpool, et où Stephenson lança sa première locomotive. Sur ce sol classique de l'industrie, on compte plus de 1 kilomètre de chemin de fer sur 4 kilomètres carrés de surface. Aussi la grande facilité des communications a-t-elle eu pour résultat d'attirer vers ces contrées des populations vrai-
ment énormes, relativement au peu de superficie qu'elles occupent. De même Londres, vers laquelle les voies de fer convergent de tous les points de l'horizon, augmente de 50,000 habitants par année, et, dans sa marche grandissante, ne cesse d'englober dans son enceinte les villes, les villages, les hameaux des environs. Déjà elle contient à elle seule plus du sixième de la population de l'Angleterre, ce qu'on a tâché
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de figurer par la carte suivante, où Londres, Manchester et Liverpool sont représentées avec une superficie proportionnelle au nombre de leurs habitants. Quelques régions trèspeuplées de la Belgique, de la Prusse rhénane, du Massachusetts sont aussi parcourues de voies ferrées dans tous les sens; mais partout ailleurs, si ce n'est dans le voisinage des capitales, le réseau est encore loin d'être achevé. Des continents sont presque entièrement dépourvus de voies de com-