LE CHANGEMENT DES CLIMATS ET DE LA FAUNE
rectification d*une pente indécise, couverte de mares et de lagunes. De même les maremmes de l'ancienne Étrurie sont devenues beaucoup moins dangereuses à la santé des habitants depuis que les ingénieurs toscans ont comblé les marécages du littoral et pris soin d'empêcher le mélange des eaux douces et des eaux salées qui s'opérait à l'embouchure des rivières. C'est en améliorant la qualité de l'air respirable que l'homme résoudra d'une manière définitive cette question si importante de l'acclimatement, car les seuls pays chauds vraiment malsains pour les colons originaires des zones tempérées, ce sont les régions humides dont l'air est saturé de miasmes. Déjà, en dépit des guerres, des interruptions de travail prolongées pendant des siècles et de ses retours partiels vers la barbarie, l'Europe presque tout entière a été rendue salubre par le labeur des populations, et maintenant celles-ci accomplissent le même travail dans l'Amérique du Nord, dans les régions de la Plata, en Algérie, au Cap, en Hindoustan : l'œuvre si considérable qui leur reste à faire pour assainir toute la surface de la planète devient de plus en plus facile, car les hommes connaissent aujourd'hui la puissance de l'association , et les moyens dont ils se servent leur sont fournis par la science.
Influence de Thomme sur la faune et la flore. — Empiétement des espèces communes. — Extension donnée par l'agriculture aux espèces cultivées.
Les premiers rapports de l'homme avec le monde des animaux qui l'entouraient devaient être nécessairement ceux de la lutte et de la destruction. La grande bataille de la vie s'inaugurait par le massacre. Manger ou être mangé, telle était l'alternative pour l'homme aussi bien que pour le grand ours des cavernes, le lion de l'Attique, le machairodus et tant
d'autres carnassiers des âges précédents. Sans doute la lutte a pu être longtemps indécise, peut-être Thomme en maints endroits a-t-il été vaincu ; mais après les diverses péripéties de la lutte, ce sont les terribles bêtes fauves qui ont fini par être tuées et dévorées. L'homme, plus subtil que ces monstres, plus habile à se cacher et à surprendre, ingénieux à se servir d'armes artificielles, bâtons, ossements pointus, haches oq massues de pierre, est resté vainqueur dans la lutte, et des races entières ont disparu devant lui. Sans même parler de ces' animaux qui ont été exterminés à une époque inconnue des temps préhistoriques, il est probable que ]e schelk d'Allemagne* et le grand cerf d'Islande ont été détruits par les chasseurs, moins de dix siècles avant la période actuelle. De nos jours, le buffle, le lion, le rhinocéros, l'éléphant, reculent incessamment devant l'homme, et tôt ou tard ils disparaîtront à leur tour. Dans les pays fortement peuplés, tous les animaux sauvages sont détruits successivement pour être remplacés par les bêtes qui nous servent d'esclaves ou de compagnons, le bœuf, le chien, le cheval, ou qui sont tout simplement, comme le porc, des masses ambulantes de viande de boucherie.
Parmi les races d'oiseaux dont l'homme doit sans doute se reprocher l'extinction, il faut citer Valca impennis des Ferôer, le dronte ou dodo de Maurice, le solitaire (pezophaps) de la Réunion, le lori de Rodrigue {psittacus rodericanus) y l'épiornis de Madagascar, les douze ou quatorze espèces de moa de la Nouvelle-Zélande, aptéryx et palapteryx\ M. de Lungershausen signale aussi comme ayant disparu ou se trouvant sur le point de disparaître sept espèces curieuses d'oiseaux des îles Sandwich, de Taïti, de la Nouvelle-Zélande, de l'île Norfolk, de l'archipel des Samoa, que l'homme ou ses compagnons, le chat et le chien, ont pourchassées à outrance'. Les bœufs marins de Steller {rhytina Slelleri), ces énormes cétacés du poids de 10,000 kilogrammes, que le géologue du même