L'EXTENSION DES ESPÈCES CULTIVÉES
de leurs aires naturelles que, sur les 157 espèces le plus généralement cultivées, il en est 72 non encore retrouvées à l'état sauvage ou sur l'identité desquelles les botanistes éprouvent quelque doute*. Récemment encore, le froment était connu seulement comme plante agricole, et l'on y voyait une sorte de richesse miraculeuse avant que M. Balansa l'eût retrouvé, croissant spontanément sur un mont de l'Asie Mineure.
Les peuples du Nord poussent leurs cultures jusqu'au delà du cercle polaire, bien près de la limite extrême de la zone où croissent les forêts. Sur les côtes de la Norvège, l'orge, qui est la céréale cultivée le plus avant dans la direction du pôle, ne réussit d'une manière certaine qu'au sud du 66* degré; mais on la voit encore çà et là dans les vallons abrités, presque jusqu'à l'extrémité septentrionale de la péninsule Scandinave : la dernière localité où les habitants aient encore le courage de la cultiver en dépit du climat est Elvbaken, sous le 70* degré de latitude. Dans la Laponie suédoise, la culture de l'orge s'arrête à 150 kilomètres plus au sud; et cependant les récoltes annuelles ne sont généralement mûres qu'à demi, et les paysans doivent les faire sécher au four; à Enoutekis, on n'obtient guère de produits satisfaisants qu'une fois en trois années. Dans les autres contrées boréales qui ne sont pas, comme la Scandinavie, sous l'influencé du Gulf-stream, l'orge ne peut être cultivée avec espoir de succès qu'à une grande dislance au sud du cercle polaire; mais sur tous les points de la zone glaciale où se sont établis des groupes d'habitants civilisés, en Sibérie, au Labrador, au Groenland, ces enfants perdus de la race humaine savent faire germer du sol à force de labeur quelques légumes des régions tempérées, pommes de terre, choux, navets, laitues, épinards, pauvres plantes qui se refuseraient certaitfement à vivre sur le sol glacé sans les soins tenaces du jardinier qui les élève. Sur les pentes des montagnes de la Suisse , l'homme a également poussé les cultures bien au delà de leurs limites naturelles. Dans plusieurs vallées des Alpes, des champs de seigle, d'orge, d'avoine atteignent 1,500, 1,600, et même, dans