LES PLANTES CULTIVÉE
est certainement, à égalité de surface, le continent le plus riche. Une seule espèce de grande importance dans la culture, le dattier, a son origine dans TAfrique du Nord ; quant à l'Australie, à la Nouvelle-Zélande, et aux États-Unis, ces pays n'ont pas encore fourni à l'humanité une seule plante d'utilité considérable pour Talimentation ni pour des industries autres que la construction des maisons ou des navires.
Évidemment, les hommes, très-routiniers dans leurs cultures, n'ont encore mis à profit qu'un bien petit nombre des plantes qui pourraient leur être utiles, et parmi celles qu'ils cultivent avec le plus d'amour plusieurs sont des espèces vénéneuses, comme l'opium, le bétel et cet odieux tabac, dont la vertu est d'affaiblir le corps et d'endormir la volonté. Sans parler des arbres de tant d'essences diverses qui n'ont pas encore été exploités pour les constructions, que de plantes américaines, négligées ou même inconnues des botanistes, qui serviraient soit à la nourriture des hommes, soit à la guérison des maladies, par leur tige, leur écorce, leurs fruits, leurs fleurs, leur gomme ou leurs racines! Récemment encore les agriculteurs ont su faire une conquête des plus importantes dans les forêts vierges de la Bolivie et du Pérou : ils se sont emparés de l'arbre à quinquina pour le transformer désormais en plante cultivée. Les indigènes, trop pressés de jouir, ne connaissaient que la méthode barbare d'abattre le tronc pour le dépouiller de son écorce : ils parcouraient la forêt à la recherche des chine honas (et non cinchonas), puis quand ils les avaient trouvés, ils y mettaient la hache, et, dans l'espace de quelques heures, ces arbres, qui pendant un siècle auraient pu fournir de nombreuses récoltes d'écorce, gisaient dépouillés sur le sol. Cette espèce végétale, si précieuse pour la race humaine, était menacée dans son existence même. Heureusement que le voyageur Cléments Markham a réussi à dérober quelques plants, et maintenant les chinchonas s'élèvent en forêts cultivées à Maurice, à la Réunion, à Ceylan, dans l'Ile de Java, à la Jamaïque, à Sainte-Hélène, sur les pentes de T Himalaya et des Nillagheries.
Influence de l'homme sur la beauté de la terre. — Enlaidissements et embellissements du sol. — Action diverse des différents peuples. — Sentiment de la nature. — Progrès de l'humanité.
L'action de rhomme, si puissante pour dessécher les marécages et les lacs, pour niveler les obstacles entre les divers pays, pour modifier la répartition première des espèces végétales et animales, est par cela même d'une importance décisive dans les transformations que subit F aspect extérieur de la planète. Elle peut embellir la terre, mais elle peut aussi l'enlaidir; suivant l'état social et les mœurs de chaque peuple, elle contribue tantôt à dégrader la nature, tantôt à la transGgurer. L'homme pétrit à son image la contrée qu'il habite : après de longs siècles d'exploitation brutale, le barbare donne à la terre un aspect de cruauté féroce, tandis que par la culture intelligente, le civilisé peut la faire rayonner de grâce et d'un charme pénétrant; il peut l'humaniser, pour ainsi dire, de sorte que l'étranger qui passe se sent doucement accueilli par elle et se repose avec confiance , sur son sein.
Campé comme un voyageur de passage, le barbare pille le sol ; il l'exploite avec violence sans lui rendre en culture et en soins intelligents les richesses qu'il lui ravit; il finit même par dévaster complètement la contrée qui lui sert de demeure et par la rendre inhabitable. La surface de la terre offre de nombreux exemples de ces dévastations sans merci. En maints endroits, l'homme a transformé sa patrie en un désert, et « l'herbe ne croît plus où il a posé ses pas ». Une grande partie de la Perse, la Mésopotamie, l'Idumée, diverses contrées de l'Asie Mineure et de l'Arabie, qui « découlaient de lait et de miel » et qui nourrissaient jadis une population très-considérable, sont devenues presque entièrement stériles, et sont habitées par de misérables tribus vivant de pillage et d'une
agriculture rudimentaire. Peut-être le climat s'est il réellement modifié par suite de grandes causes géologiques, ainsi que le pense M. Oscar FraasS mais l'homme a certainement sa forte part dans cette transformation des campagnes en désert. De nos jours ne voit-on pas que le Turc, propriétaire du sol et jouissant de loisir, aime les arbres et les fleurs, et sait distribuer avec grâce les massifs de ses jardins, tandis que les Grecs et les autres chrétiens d'Orient, longtemps asservis, ne se sont pas encore élevés jusqu'à l'amour de la nature, et l'épuisent sans merci*. « Qui tue un arbre, tue un Serbe, » disent les fiers Slaves des bords du Danube.
Lorsque la puissance de Rome céda sous la pression des Barbares, l'Italie et les provinces voisines, ruinées par le travail inintelligent des esclaves, étaient partiellement changées en solitudes, et de nos jours encore, après deux mille ans de jachère, de vastes espaces que les Étrusques et les Sicules avaient mis eh culture sont des landes inutiles ou d'insalubres maremmes. Par des causes semblables à celles qui ont eu pour résultat l'aiTaiblissement et la mort de l'empire romain, le nouveau monde lui-même a perdu de notables parties de son territoire agricole : telles plantations des Carolines et de l'Alabama qui furent conquises sur la forêt vierge, il y a moins d'un demi-siècle, ont cessé totalement de produire et sont aujourd'hui le domaine des bêles fauves. Au Brésil et en Colombie, dans les contrées les plus spontanément fécondes du monde entier, il suffit de quelques années pour épuiser le sol par une culture qui est un vrai pillage. On brûle les arbres pour semer le maïs dans les cendres, puis on renouvelle incessamment les semis de la même plante jusqu'à ce qu'un fourré d'arbustes l'étouffé. On brûle une seconde fois, et l'on sème encore du maïs. Alors les fougères et une graminée visqueuse, fétide, appelée capim gordura, font leur apparition sur le soi. La terre est perdue.
La question de savoir ce qui, dans l'œuvre de l'homme,