LE GULF-STREAM
geur une immense étendue maritime depuis les Âçores jusqu'à rislande et au Spitzberg.
Les sondages opérés, depuis ISA 5, par les marins du Coast- Survey de l'Amérique du Nord ont prouvé que le courant du Golfe longe le littoral des États-Unis à une assez grande distance des côtes. La faible inclinaison des terres basses de la Géorgie et des Carolines se continue sous les eaux jusqu'à ce que le plomb de sonde atteigne une profondeur d'environ 90 mètres; alors le sol s'abaisse rapidement et forme une longue vallée parallèle au rivage des États-Unis et aux murailles calcaires des AUeghanys : c'est dans cette vallée, creusée à l'est ^tt piédestal sous-marin des terres américaines, que coulent les eaux du Gulf-stream. Grâce au mouvement de rotation du globe, et probablement aussi à la direction générale des côtes, le courant suit une direction constante vers le nord-est, et ne heurte aucune des pointes avancées du continent. Au large de New-York et du cap Cod, il s'infléchit de plus en plus vers l'est, et, cessant de longer à distance le littoral américain, s'élance en plein Atlantique vers les côtes de l'Europe occidentale. Ainsi que le dit Maury, si de monstrueuses bouches à feu avaient assez de puissance pour lancer des boulets du détroit de Bahama au pôle boréal, les projectiles suivraient à peu près exactement la courbe du Gulf-stream, et, déviant graduellement en route, atteindraient l'Europe en venant de l'ouest.
C'est du 43® au 47** degré de latitude septentrionale, dans les parages du banc de Terre-Neuve, que le Gulf-stream, venu du sud-ouest, rencontre à la surface des mers le courant polaire, découvert par les Cabot dès l'année 1497. La ligne de démarcation entre les deux fleuves océaniques n'est jamais absolument constante, et se déplace suivant les saisons. En hiver, c'est-à-dire de septembre en mars, Ife courant froid repousse le Gulf-stream vers le sud : car, pendant cette saison, tout le système circulatoire de l'Atlantique, vents, pluies et courants, se rapproche de l'hémisphère méridional, au-dessus duquel voyage le soleil. En été, c'est-à-dire de mars en septembre, le Gulf-stream reprend à son tour la prépondérance, et les parages où il entre en conflit avec le courant polaire remonte de plus
en plus vers le liord. Ainsi le grand fleuve ondulerait çà et là sur les mers, et, suivant la gracieuse expression de Maury, flotterait comme une banderole au souffle de la brise ; mais il est probable que souvent la marche des deux courants en lutte n'est modifiée que d'une manière apparente à cause des épanchements superficiels d'eau froide ou d'eau chaude. Le banc de Terre-Neuve, cet énorme plateau qu'entourent de tous les côtés des abîmes profonds de 8 à 10 kilomètres, est dû sans doute à la rencontre des deux masses liquides en mouvement. En entrant dans les eaux tièdes du Gulf-stream, les montagnes de glace se fondent peu à peu et laissent tomber dans la mer les débris qu'elles portaient. Le banc, qui s'élève graduellement du fond de l'Océan, est une sorte de moraine commune pour les glaciers du Groenland et de l'archipel polaire*. Après s'être heurtées contre les eaux du Gulf-stream, celles du courant arctique cessent en partie de couler à la surface et descendent dans les profondeurs à cause du plus grand poids que leur donne leur basse température. On peut reconnaître la direction de ce contre-courant, exactement opposée à celle du Gulf-stream, par les montagnes de glace que la tiède haleine des latitudes tempérées n'a pas encore fondues et qui voyagent vers le sud-est, à rencontre du courant superficiel qu'elles partagent comme des proues de navire. Plus au sud, on ne reconnaît qu'au moyen des instruments de sonde l'existence de ce courant caché, dont les eaux froides servent de lit au fleuve chaud sorti du golfe du Mexique; il descend et descend de plus en plus, jusqu'au détroit des lies Bahama, où le thermomètre le découvre à près de 400 mètres de profondeur.
Toutefois une fraction des eaux du courant polaire se maintient à la surface de la mer, et, glissant le long des côtes occidentales des États-Unis jusqu'à la pointe de la Floride, donne au Gulf-stream des limites nettement tracées. En général, l'eau froide venue des mers arctiques est animée d'une assez grande force d'impulsion pour obliger le