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LES COURANTS DES MERS AUSTRALES

mènes des eaux dans TA tlan tique méridional paraissent mettre hors de doute que les courants de ce bassin n'ont point une régularité d*allures comparable à celle des courants de TAtlantique boréal; il arrive fréquemment que l'eau ne se dirige pas dans le sens indiqué par les cartes, ou même qu'elle se porte dans une direction inverse du mouvement normal. La raison de cette différence entre les deux bassins est toute naturelle. Tandis que l'Atlantique du Nord est une m» très-régulière dans sa forme générale, et que des rivages presque parallèles la limitent de chaque côté» l'espace des eaux situé entre l'Afrique et l'Amérique méridionale s'ouvre très-largement du côté des terres glaciales du sud ; il fait en réalité partie du grand Océan qui s'étend sur tout le pourtour de la terre, au sud des trois extrémités méridionales des continents ; mais par suite de la disposition irrégulière de ses côtes les variations du régime normal des eaux ne peuvent manquer d'y être très-fortes. Les eaux froides du pôle antarctique, chargées de fragments de banquises et de montagnes de glace, affluent, il est vrai, d'un mouvement continu pour remplacer les vapeurs qui s'élèvent incessamment de l'Atlantique équatorial ; mais le jeu régulier des courants se modifie tantôt sur un point, tantôt sur un autre, suivant la plus ou moins grande activité de l'évaporation dans les parages de la mer; en outre, les vents changeants du littoral, qui soufflent alternativement de l'Océan vers les terres et des terres vers l'Océan, impriment des mouvements variables à la surface.

La mer des Indes a également son grand circuit des eaux. Là aussi des masses liquides, refroidies par leur séjour sous la zone glaciale, sont incessamment en marche pour combler les vides produits par une évapora tion annuelle de /t ou 5 mètres d'épaisseur. Elles longent la côte occidentale de l'Australie et s'unissent ensuite aux eaux venues du Pacifique par le détroit de Terres et l'archipel de la Sonde ; mais là le courant régulier semble se perdre, et l'on ne voit plus dans les golfes du Bengale et d'Oman que des fleuves maritimes changeant de cours avec les moussons. Toutefois il faut bien qu'en réalité le mouvement général des eaux se continue de l'est à l'ouest autour du

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vaste bassin, car sur la côte orientale de l'Afrique un courant d*eau tiède, sans cesse alimenté par les mers qui baignent THindoustan et T Arabie, se dirige au sud-ouest, s'engouffre, sous le nom du courant du Mozambique, entre Tlle de Madagascar et le continent, rase le bord sous-marin du grand banc des Aiguilles et s*épanche dansTocéan Antarctique, après avoir mêlé une partie de ses eaux au remous de FAtlantique méridional. A rendtoit où il est le plus rétréci, le courant du Mozambique est presque aussi rapide que le Gulf-stream, et se déplace avec une vitesse de 7 kilomètres à l'heure. Au centre du tourbillon de l'océan Indien, de même que dans l'Atlantique boréal et dans la mer du Sud s'étendent des prairies de varech.

Le circuit des courants commence dans le grand océan Pacifique de la même manière que dans les autres bassins. Un immense fleuve d'eau froide, d'une largeur inconnue, vient frapper l'archipel de Magellan, au sud de l'Amérique, et se divise en deux courants partiels, dont l'un, pénétrant dans l'Atlantique, à l'est des lies Falkland, où n'abordent jamais les glaces, va se joindre à la grande ronde des eaux entre l'Afrique et le Brésil, tandis que l'autre s'élance directement au nord en longeant les côtes de la Patagonie, du Chili, du Pérou : c'est le courant de Humboldt, ainsi nommé d'après le célèbre voyageur qui a le plus attiré l'attention du monde savant sur ce fleuve des mers, d'ailleurs bien connu avant lui de tous les navigateurs du Pacifique. Il entraîne avec lui de grandes montagnes de glace souvent remplies de pierres et de débris tombés des montagnes antarctiques, et par la fraîcheur de ses eaux produit un abaissement très-remarquable de la température dans tous les pays dont il baigne les rives. Cette masse liquide, qui sur les côtes du Chili n'a pas moins de 1,250 mètres de profondeur, donne à la végétation du pays une analogie remarquable avec celle de Sainte-Hélène, que baigne, à plus de 7,000 kilomètres de distance, un autre embranchement du courant antarctique. Humboldt et Duperrey ont constaté qu'au large des côtes de Callao et de Guayaquil, c'est-à-dire sous l'un des climats les plus secs et les plus exposés à la force des rayons

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solaires, le courant est en moyenne à 15 ou 16 degrés centigrades, tandis que les mers avoisinantes sont plus chaudes de 11 -et 12 degrés : aucune branche de corail ne peut prendre racine sur les écueils et les rivages baignés par ce courant d'eau froide. Le fleuve polaire change tout sur son passage, flore, faune, climats et même Thistoire de l'humanité. Si Tair n'était constamment rafraîchi par le contact des eaux froides venues du pôle et parles vents qui soufflent de la mer, le Pérou, que les pluies arrosent si rarement, serait transformé en un autre désert de Sahara; la vie de l'homme y deviendrait presque impossible. Par ce courant, les distances se trouvent aussi très-notablement diminuées, et Valparaiso, Coquimbo, Arica, Callao, sont en réalité moins éloignés de l'Europe qu'ils ne le paraissent sur la carte, car, après avoir contourné le cap HoVn, les navires qui longent la côte occidentale de l'Amérique du Sud sont poussés de 20 à 30 kilomètres chaque jour par le courant.

S'élargissant de plus en plus du côté de la haute mer, le courant de Humboldt flnit par abandonner le littoral et se reploie vers l'est pour mêler ses eaux à celles du courant équatorial qui se porte de l'est à l'ouest à travers le Pacifique. Cette masse liquide en mouvement est sans aucun doute le fleuve océanique le plus puissant de la planète. D'après Duperrey, il n'aurait pas moins de 5,500 kilomètres de largeur moyenne, du 26* degré de latitude sud au 2û^ degré de latitude nord, et dans son immense voyage en ligne droite autour de la terre il traverse de 130 à lûO degrés de longitude, c'est-à-dire plus d'un tiers de la circonférence du globe. Sa vitesse moyenne est, comme celle du courant de Humboldt, d'environ 30 kilomètres par jour, mais en certains endroits on constate aussi, suivant les saisons, une marche deux fois plus rapide. Quelle énorme quantité d'eau se déplace ainsi d'un bout de la mer à l'autre, c'est là ce qu'on ignore, car il faudrait connaître l'épaisseur moyenne du courant et les sondages ne l'ont point encore révélée. On sait seulement qu'à l'endroit où les eaux venues du pôle commencent à se reployer vers l'ouest pour entrer dans le grand mouvement équatorial, elles cheminent

en masse dans la même direction jusqu'à la profondeur d'au moins 1,780 mètres.

Au milieu des innombrables lies qui parsèment le Pacifique, la régularité générale du courant est fréquemment troublée, du moins à la surface, par suite de Févaporation, des pluies et même de l'incessant travail des zoophytes qui rompent diversement l'équilibre de l'eau ; mais sous la triple influence de la rotation terrestre, des vents alizés et de la grande vague de marée qui se propage de l'est à l'ouest à travers l'Océan S la quantité d'eau qui se déplace chaque jour vers l'occident est certainement de plusieurs dizaines de milliers de kilomètres cubes. La seule anomalie qui semble inexplicable dans ce prodigieux mouvement des eaux du Pacifique, c'est l'existence d'un fleuve océanique coulant en sens inverse du courant principal. On a observé ce reflux au nord de l'équateur sur une largeur moyenne de près de 500 kilomètres; d'ailleurs sa vitesse est variable et sa marche n'est pas toujours franchement dirigée vers l'orient. En l'absence de mesures et d'expériences certaines qui permettent de se rendre un compte exact de la marche de ce contre-courant dans les diverses saisons, on a proposé plusieurs hypothèses pour en expliquer l'origine. L'opinion commune est que ce sont des masses d'eau infléchies dans leur course et rejetées en arrière par des plateaux sous-marins*. Néanmoins il est beaucoup plus simple d'admettre que c'est là un phénomène normal, car dans l'océan Atlantique on a constaté aussi que des remous latéraux se portent en sens inverse de la grande masse liquide coulant de l'est à l'ouest.

Arrivé au terme de son voyage à travers l'océan Pacifique, le courant équatorial doit forcément changer de direction. Une partie de ses eaux, poussée, tantôt dans un sens, tantôt dans un autre, par les moussons qui se succèdent aux abords des continents d'Asie et d'Australie, s'épanche dans l'océan des Indes par les détroits peu profonds des îles de la Sonde;

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