De Haven; — Miihry; —Gustave Lambert
LE KUftO-SIVO. 99
Quant à la grande niasse du Kuro-Sivo, elle traverse le Pacifique boréal de Test à Fouest par une gracieuse courbe, non moins belle que celle des lies baignées par ses eaux, puis elle s'infléchit graduellement vers le sud-est et vers le sud pour côtoyer les rivages de la Californie; enfin, dans le voisinage des tropiques, elle change encore de direction et va se perdre dans le courant équatorial, en enfermant dans son tourbillon une mer de varech à peine moins grande que celle de TAtlantique.
Au contraire du courant de Humboldt, qui en roulant des eaux froides et en poussant des montagnes de glace rafraîchit Tatmosphëre sèche et brûlante du Pérou, le Gulf-stream des Japonais entraîne le long des côtes de Sitka et de Vancouver des masses liquides réchauffées par un long séjour sous les ardeurs des tropiques, et par ses effluves apporte le printemps àdes régions qui sans lui subiraient un hiver très-rigoureux. Il charrie sur ses flots les débris qu'il a reçus sur les côtes des Molluques, des Philippines et du Japon. Aux habitants des Aléoutiennes et d'Âliaska il donne comme bois de chauffage les camphriers et les autres arbres odorants des terres du sud; il sert aussi de grande route aux épaves, il entraîne les navires en détresse, et de nombreuses traditions racontent que des marins japonais, emportés par la dérive, ont abordé malgré eux sur les côtes de l'Amérique. C'est peut-être à une aventure de ce genre que les navigateurs chinois ont dû de trouver le nouveau monde dix siècles avant Colomb, si l'opinion de quelques savants est vraie, d'après laquelle le pays de Fusang, ci lé dans les annales de la Chine, serait en effet la terre du Mexique et du Guatemala.
Remous latéraux. — Gourant de Renneli. — Contre-courant de la mer des Antilles. — Équilibre des eaux dans la Baltique, au Bosphore, à l'entrée de la Méditerranée et de la mer Rouge. — Échange d'eau et de sel entre les mers.
Aucun de ces graods courants qui tournoient dans les bassins océaniques n'offre par ses contours extérieurs les mêmes sinuosités que la mer où il circule. Tandis que la plupart des rivages présentent dans leur développement une succession de promontoires et de golfes, les courants se déploient suivant de longues courbes régulières et par leur vaste circonférence indiquent seulement la forme générale de la dépression qui les contient. Chaque golfe considérable que des terres avancées séparent de l'Océan reste en dehors du tourbillon des eaux, à moins qu'il ne soit ouvert dans l'axe même du courant, comme la mer des Antilles. Cependant ces parages, dont les masses liquides ne sont pas entraînées dans le mouvement général de circulation, ne restent point parfaitement immobiles : eux aussi ont leur système circulatoire, et c'est presque partout du grand courant maritime que ce remous secondaire reçoit son impulsion.
Un exemple remarquable de ces courants de deuxième ordre se présente à l'ouest de l'Europe, dans le bassin semicirculaire formé par les côtes de l'Espagne, de la France, de l'Angleterre et de l'Irlande. Une partie des eaux du Gulf-stream venant du nord et du nord-ouest frappe les côtes de la Galice et des Asturies; elle est infléchie à l'est vers le fond du golfe de Gascogne, longe le littoral des Landes, puis celui de la Saintonge, du Poitou, de la Bretagne, et, retournant dans la direction du nord-ouest et de l'ouest, constitue une sorte de barrière liquide en travers du canal de la Manche. Au sud du cap Clear, ce fleuve océanique, connu sous le nom de cou-