LES COURANTS DES MERS INTÉRIEURES
par quelques géographes*, un contre-courant méditerranéen glisse au-dessous des eaux superficielles plus légères et se dirige vers l'Océan. Ainsi s'accomplit un échange dans ce passage étroit de Gibraltar : l'Atlantique donne à la Méditerranée l'eau dont elle a besoin, et la mer rend à l'Océan le
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Fig. 26. — Profil da détroit de Gibraltar.
sel qu'elle a de trop; l'égalité incessamment troublée travaille sans cesse à se rétablir t>ar-dessus le seuil qui sépare les deux mers, à près de 1,000 mètres de profondeur. Peut-être aussi, suivant l'opinion émise déjà au siècle dernier par Monlanari, le courant normal de la Méditerranée ferait-il complètement le tour de la mer en suivant de l'ouest à l'est les côtes d'Afrique pour revenir le long des côtes d'Europe.
Cette harmonie des forces de la nature se montre d'une manière bien plus saisissante encore à l'entrée de la mer Rouge. Ce golfe allongé, qui n'a pas moins de 2,300 kilomètres, du détroit de Bad-el-Mandeb à Suez, reçoit de l'atmosphère et des contrées riveraines une quantité d'eau tellement faible, qu'on peut la considérer comme nulle. îl ne pleut que trèsrarement sur cette nappe liquide projetée entre les deux déserts d'Egypte et d'Arabie, et pas un seul torrent permanent ne s'y déverse. La mer Rouge n'est donc qu'un immense bassin d'évaporation, et la perte annuelle est d'autant plus
4. Klein, Gareis, Becker, etc. Ces divers savants considèrent comme physiquement impossible Thistoire si souvent racontée d'un navire qui, après avoir coulé au large de Geuta, aurait reparu beaucoup plus à Touest, le lendemain, poussé vers l'Atlantique par un courant inférieur. Pareil phénomène, qui d'ailleurs ne repose point sur un témoignage sérieux, serait un prodige inexplicable.
grande que les rayons du soleil brillent presque toujours dans un ciel sans nuages. C'est à 20 millimètres par 24 heures, soit à plus de 7 mètres par an, que l'on évalue la tranche liquide transformée en vapeur, de sorte que si le golfe était complètement fermé, son eau, dont la profondeur moyenne ne dépasse point /iOO mètres, serait desséchée en entier dans l'espace de soixante ans. Grâce à la supériorité de leur niveau, les flots de l'océan Indien sont donc entraînés dans la mer d'Arabie par le détroit de Bad-el-Mandeb, et ce flux, superficiel ou sous-marin, doit se faire sentir avec d'autant plus de force que pendant huit mois de l'année les vents soufflent du nord au sud, précisément dans l'axe delà mer Rouge, et tendraient ainsi à vider le golfe si les lois de pesanteur le permettaient. Mais, quelle que soit la vitesse du courant d'appel venu de la mer des Indes, une partie de ses eaux s'évapore en route, et par suite la masse liquide, diminuée d'une certaine quantité par l'évaporation, doit devenir de plus en plus salée à mesure qu'elle s'avance vers le nord. On a constaté en eff'et, par des analyses directes, que d'Aden à Suez la quantité de sel contenue dans un même volume d'eau augmente graduellement : d'un peu plus de 39 parties sur 1,000 à l'entrée du golfe, elle s'élève à ùi et même à 43 parties sur 1,000 à l'extrémité septentrionale*. Un savant de Bombay, le docteur Buist, a calculé que si la mer Rouge ne rendait pas à l'Océan le sel qui s'y concentre par suite de l'évaporation, elle finirait par être changée en une masse solide de sel dans un espace de temps certainement moindre de trois mille années, et peut-être de quinze ou vingt siècles seulement*. Or voilà bien des mille et des mille ans que la mer Rouge existe, et ses eaux, plus salées que celles des autres mers, il est vrai, sont encore bien loin de se trouver à l'état de saturation. On arrive donc à cette inévitable conclusion, qu'un courant sous-marin d'eau trèssalée s'épanche par le détroit de Bad-el-Mandeb dans l'océan des Indes en glissant au-dessous et en sens inverse du cou-