‹ La terreChapitre 73 sur 447 · LE FLUX ET LE REFLUX · texte numérisé non relu

LE FLUX ET LE REFLUX

des plaines de sable. Ainsi le pourtour des continents change constamment d*aspect ; la ceinture des estuaires et des ports, des plages, des écueils et des bancs de sable qui environne les côtes ne cesse de se modifier et de changer dans la même mesure la géographie des rivages. En outre, des mouvements aussi considérables ne peuvent se produire sans être accompagnés de courants d'une grande puissance, qui se portent alternativement de la haute mer vers le littoral et du littoral vers la haute mer, et contribuent pour une très-forte part à la circulation générale et au mélange des eaux dans TOcéan. Quant «^ l'influence que le va-et-vient des marées exerce indirectement sur le commerce et la civilisation des peuples, elle est immense ; c'est à ces mouvements de la mer que TÂngleterre doit en grande partie sa puissance et sa gloire.

De tout temps les populations des bords de l'Océan ont compris, sans pouvoir s'en rendre compte, que les phénomènes alternatifs du flux et du* reflux dépendent de la position de la lune et du soleil relativement à la terre : les coïncidences qu'ils voyaient se renouveler chaque jour entre les mouvements des marées et ceux des grands astres ne pouvaient leur laisser aucun doute à cet égard. Les marins . et pêcheurs, habitués à regarder le ciel pour y chercher les signes du temps et les indices de la route qu'il leur fallait suivre, n'avaient pas de peine à constater que le retour de chaque deuxième marée correspond exactement au passage de la .lune sur un même degré du ciel, c'est-à-dire au commencement d'un nouveau jour lunaire; suivant les transformations de la figure de l'astre, en croissant, en quartier, en disque, ils voyaient les marées changer d'une manière régulière et devenir successivement de plus en plus fortes, pour se calmer ensuite de jour en jour jusqu'à la fin du mois lunaire; enfin les mouvements du soleil leur annonçaient aussi d'avance l'état prochain du flot, car l'équinoxe de mars et l'équinoxe de septembre sont toujours accompagnés de trës^fortes marées. Ces coïncidences entre les phénomènes de la mer et les mouvements de la lune et du soleil sont tellement frappantes, que toutes les populations barbares des

110 LOGÉAN.

rivages les ont remarquées et ea ont donné grossièrement la théorie dans leurs chants symboliques. Ainsi les sagas Scandinaves représentent Thor, le dieu des forces aériennes, aspirant l'eau d'une corne qui plonge dans les profondeurs de rOcéan, et, de sa puissante haleine, soulevant les flots et les laissant retomber tour à tour. Que signiOe cette bizarre légende, sinon que les oscillations régulières de la marée dépendent des forces cosmiques auxquelles la planète ellemême est soumise?

Toutefois il y a loin de ces récits symboliques des anciens Scandinaves à la théorie scientifique des marées, telle que Font établie les recherches et la sagacité des Newton et des Laplace. Même Pline, lorsqu'il affirtnait nettement que les marées sont dues « à l'influence combinée du soleil et de la lune », se bornait à résumer en termes précis ce que savaient tous les habitants des bords de l'Océan; mais il n'aurait pu exposer de quelle manière s'e:ierce cette influence. L'explication de ce mystérieux phénomène du gonflement périodique des flots ne pouvait être tentée que dans les temps modernes à l'aide des connaissances obtenues par les astronomes sur la marche des corps célestes et des puissants moyens d'investigation que leur ont fournis les mathématiques. Kepler, le premier, indiqua la marche à suivre, et Descartes, puis Newton donnèrent chacun sa théorie en expliquant les marées, l'un par la pression, l'autre par l'attraction qu'exerceraient le soleil et la lune sur les eaux mobiles de la mer. C'est la dernière théorie, celle de Newton, que développèrent plus tard, en la modifiant fortement, Bernouilli, Euler, Laplace, et que Lubbock, Whewell, Chazallon et tant d'autres physiciens ont comparée depuis avec les faits sur les rivages de l'Océan. Elle est aujourd'hui généralement acceptée; mais elle trouve encore des contradicteurs éminents, parmi lesquels il faut citer F. de Boucheporn*; nombre de faits secondaires sont toujours à élucider, bien des phénomènes locaux sont encore incompris. C'est que pour suivre les marées dans leurs

Page 1