LA THÉORIK DES MARÉES
voyages et leurs fluctuations à travers les mers, il ne suffit pas de connaître les lois de la gravitation et de calculer avec la précision la plus rigoureuse la marche el la position des astres, il faut aussi connaître tons les faits relatifs aux mouvements des fluides et savoir appliquer h tous leurs phénomènes d'accélération, de retard, de croisement, d'interférence, d'équilibre, les formules les plus compliquées et les plus minutieuses des hautes mathématiques; enfin il serait indispensable de ne rien ignorer quant fi la forme des rivages et aux inégalités du fond de la mer.
Réduite à ses éléments principaux, la théorie des marées exposée par Laplace et depuis admise par les géomètres, est fort simple. La terre n'est point un corps isolé dans l'espace ;
elle est attirée par tous les astres avoisinants, et c'est même en grande partie celte force d'attraction qui la fait tournoyer autour du soleil et qui lui donne la lune pour satellite. Que l'on s'imagine un instant la terre entièrement couverte d'eau sur toute sa rondeur et soumise à la seule attraction de la lune. La partie superficielle de la planète sera plus fortement attirée que le noyau central, puisqu'elle est plus rapprochée
-1 . Celle gravure, ainsi que les Ggures S8. 89 et 30, ont été empruntées an bel ouvrage de M. Amédée Gaillemin, inlilulé le Ciel.
de l'astre qui la sollicite, et, grâce à la facilité avec laquelle ses molécules liquides glissent les unes sur les autres, elle se gonflera, pour ainsi dire, vers la lune jusqu'à ce que son poids fasse équilibre à la force qui l'entraîne. Il se formera donc une intumescence, dont le sommet se trouvera exactement sur la ligne idéale qui réunit le centre de la terre à celui de la lune. De l'autre côté de la planète, suivant la théorie générale, les eaux doivent se renfler en une vague correspondante, et cela par une cause précisément inverse. Les couches liquides de cette partie de la terre, étant plus éloignées de la lune que le noyau solide, sont moins attirées que celui-ci, et par suite elles doivent rester légèrement en arrière, formant ainsi une nouvelle intumescence, dont le sommet se trouve sur le prolongement de la ligne qui rejoindrait la planète à son satellite. Considérée dans son ensemble, la masse des eaux marines prend donc la forme d'un ellipsoïde ayant son grand axe dirigé vers la lune, qui est le centre d'attraction. Il en résulte que la marée doit être nulle ou très-faible aux pôles, puisque, dans son mouvement de révolution, la lune, tout en se déplaçant au nord et au sud de l'équateur, se maintient au zénith des régions tropicales ou subtropicales.
Si la terre restait immobile, ces deux vagues opposées chemineraient lentement suivant la marche de la lune; mais par suite de la rotation du globe, elles doivent, se déplacer et se poursuivre avec rapidité sur la rondeur terrestre, la vague de plus grande attraction se mouvant sans cesse sur la partie éclairée par les rayons de la lune, tandis que la vague de plus faible attraction se propage de l'autre côté de la terre sur la partie la plus éloignée du satellite. Dans l'espace d'un jour lunaire, c'est-à-dire pendant les 24 heures 50 minutes durant lesquelles la terre a successivement présenté toutes les parties de sa surface à l'astre qui l'accompagne, les deux vagues doivent accomplir chacune un circuit complet autour de la planète, et chacune doit avoir une durée totale de 12 heures 25 minutes. C'est, en effet, ce qui a lieu dans toute l'étendue des mers. Quant aux irrégularités nombreuses qu'oifre le phénomène dans sa hauteur et l'instant précis de son appa-