Monnier, Mémoire sur lès courants de la Jfanche
liO L'OCÉAN.
foden, dont les roches en désordre hérissent un fond de mer très-inégal et coupé d'abtmes, sont également traversés par des courants alternatifs de marée» d*autant plus rapides et plus tumultueux que la différence de niveau est plus grande entre les deux nappas qui se rencontrent. Le plus formidable de ces passages est peut-être le Great-Gulf ou « Ck)irebhreacainS » ouvert entre les Iles Jura et Scarba, sur la côte occidentale de TÉçosse. A chaque changement de marée, il se produit un courant portant tour à tour vers le rivage de la terre ferme et vers la haute mer : la carte Ae FAmirauté anglaise en évalue la vitesse à 17 kilomètres et demi par heure, mais les marins affirment qu'elle est au moins de 20 kilomètres, c'est dire que sur les continents pas un fleuve débordé ne roule ses flots avec une pareille fureur. Aucune embarcation ne saurait se hasarder, au fort de la marée, sur un « ras » aussi effrayant, surtout quand le vent souffle dans la direction contraire au flot^ car le Coirebhreacain n'est alors dans toute son étendue qu'une « chaudière » écumeuse, sans limites visibles à l'horizon ^ D'autres conflits de marée sont a peine moins effrayants tel est celui qu'on observe dans le détroit de Pentland, entre les Shettland et les Orcades, et qui détermine la formation de courants évalués à plus de 16 kilomètres à l'heure; mais le plus célèbre de tous ces chocs entre deux marées d'un niveau différent est, vers l'extrémité méridionale de Tarchipel des Loffoden, le Moskoe-strom, appelé aussi Mael-strom par les marins. La sombre imagination des peuples du Nord, toujours portée à créer des monstres, voyait dans le détroit du Moskoe-strom un poulpe aux bras de plusieurs centaines de mètres de longueur, qui faisait tourbillonner les eaux en un immense remous pour y attirer les embarcations et les engloutir. De cette ancienne légende est même restée chez plusieurs l'idée que ce couinant est une sorte de gouffre en forme d'entonnoir, duquel