En gaëlic, Chaudière de la mer tachetée
2. Athenœumj 26 août 4864. — Miltheilungen*von Petermann, t. IX, 4864.
LES RAS ET. LES TOURBILLONS. m
les objets flottants se rapprochent par degrés en décrivant des cercles de plus en pins rétrécis, jusqu'à ce qu'ils plon« gent enfin et pour jamais dans le puits tournoyant- Mais il n'en est rien : les seuls remous sont de petits tourbillons latéraux produits par la rencontre des courants et se creusant de 2 ou â mètres à peine. Le phénomène principal consiste, comme dans le Coirebhreacain et le ras Blanchard, en un mouvement rapide des eaux, qui se portent alternativement dans un sens ou dans l'autre, lors du renversement des marées. Lorsqu'au large le flux s'élève dans la direction du sud au nord, une partie de sa masse s'épanche avec force dans le détroit ouvert au sud, entre les deux lies de Moskôe et de Moskôe-naes. A mesure que la surface se rapproche de l'état d'équilibre, le courant, graduellement affaibli, se porte vers le sud-ouest, puis vers l'ouest. Une période de calme succède à ces divers mouvements du flot quand le niveau s'est parfaitement établi ; mais bientôt le reflux commence et le courant se porte alors en sens inverse, d'abord vers le nord, puis vers le nord-est et vers l'est. Ainsi, dans l'espace d'une marée, les eaux se sont alternativement portées, bien qu'avec une force variable, vers tous les points de l'horizon.
Les courants de marée qui se produisent à l'entrée des rivières donnent fréquemment lieu à des mouvements tumultueux, moins redoutables, il est vrai, que ceux des « ras » dans les archipels, mais d'un aspect parfois aussi saisissant. Ces phénomènes sont connus sous le nom de barre ou mascaret.
En pénétrant dans l'estuaire d'un fleuve, le flot de marée, que retardent les bas-fonds et que rétrécissent les rivages, doit nécessairement se gonfler en vague h cause du frottement de la masse liquide contre son lit. Toutes les embouchures, toutes les baies dans lesquelles pénètre le flux, offrent donc le spectacle du mascaret; mais, en beaucoup de passages, l'inclinaison régulière du fond, l'uniformité des rives ou bien encore un croisement de courants divers atténuent la première ondulation du flot de marée.
142 L'OCÉAM.
ou permettent de la confondre avec d'autres rides de la surface. Ailleurs, au contraire, toutes les conditions topographiques se trouvent réunies pour donner une grande hauteur au mascaret, et celui-ci se dresse alors comme une muraille mouvante d'une rive à l'autre rive de l'estuaire. Aux bouches de cerlains fleuves, tels que le courant des Amazones, le Hoogly, la Seine, la Dordogne, l'Elbe, le Weser, les vagues de mascaret prennent d'énormes proportions à l'époque des hautes marées, et deviennent alors de redoutables phénomènes. Dans l'Amazone, la barre, appelée pororoca à cause du grondement de ses eaux, se dresse, diton, en trois vagues successives atteignant ensemble de 40 à 15 mètres de hauteur, et les embarcations surprises par ce déluge soudain risquent fort de sombrer comme en pleine mer.
A l'embouchure du Gange, le mascaret est également très-redoutable, ainsi que l'exprime en langage symbolique la vieille légende indoue. Bagharata, ayant pris pour épouse au milieu des neiges la divine Ganga, la souleva dans ses bras et, montant sur son char, fit tracer aux deux roues les bords du large lit de la déesse; mais, arrivée près du rivage marin, Ganga recula d'effroi devant l'impur et monstrueux Océan; elle s'enfuit brusquement par cent canaux et depuis cette époque elle va, vient tour à tour, tantôt se hasardant à descendre de nouveau, tantôt s'échappant encore vers les montagnes deux fois dans la journée ^
C'est dans la baie de Seine que le mascaret a été le plus régulièrement et le plus soigneusement observé. En accourant du large avec une vitesse de 5 mètres à 7 mètres et demi par seconde, le mur liquide reste infléchi vers le centre sous la pression du courant fluvial. Les deux pointes de l'énorme croissant se brisent en écume sur les rivages, tandis qu'au milieu de la concavité, la vague unie et ronde marche sans même rider l'eau devant elle. Le rouleau semble tourner sur le fleuve comme un serpent gigan-
4. Cari Ritter; — von Hoff, Verànderungen der Erdoberflàciie, 1. 1, p. 378.